Belle fête au Lac-St-Jean

Bénédiction solennelle de la pulperie dOuiatchouan par sa
Grandeur Monseigneur Labrecque


               Dimanche après-midi a eu lieu à Ouiatchouan, près de Chambord, la bénédiction solennelle du nouveau
               moulin de pulpe.

               Cette visite à la chute et cette touchante cérémonie religieuse ont vraiment intéressé les personnes qui en
               ont profité.

               Le moulin de pulpe de Ouiatchouan est situé à un mille et demi de la voie ferrée du Lac St-Jean.  Mais
               un embranchement du chemin de fer se rend jusqu'au moulin.  Cette ligne n'est encore utilisée que pour
               le fret et le train de passagers a dû stopper à un mille du moulin, les excursionnistes se rendant à la
               manufacture soit en voiture, soit à pied.

               L'excursion de Chicoutimi est réservée à Ouiatchouan à 4 heures p.m.  Des centaines et des centaines
               de personnes étaient déjà rendues sur les lieux.

               Au moins deux mille personnes ont assisté à la bénédiction.

               Les invités de la Compagnie était : Sa Grandeur Mgr. Labrecque, et tous les curés du Lac St-Jean.
               M. L.P. Bilodeau, maire du village de Roberval, M. B.A. Scott, maire de la paroisse, le maire de
               Chambord, l'honorable Juge Gagné, M. le magistrat Vallée, le Dr. Constantin, M. J.G. Scott,
               M. Alex. Hardy, les deux députés du compté, M. J.E.A. Dubuc, M.F. Carbray, le Soleil, l'événement,
               le Chronicle, le Daily Telegraph, le Colon et le Progrès du Saguenay.

               Parmi les membres du clergé présents à la cérémonie, nous avons remarqué les Révds. MM. Délâge,
               Paradis,  Marcoux, H. Lavoie, Almas Larouche, Alfred Tremblay, Elzéar Delamarre, Eugène Frénette,
               Georges Gagnon, P. Morel, Georges Bilodeau.

               L'honorable M. Fisher, ministre de l'agriculture et tout le Parti qui l'accompagnait, ainsi que l'honorable
               M. Duffy assistaient à la bénédiction.

               Avant de procéder à la bénédiction, Sa Grandeur fit une magnifique allocution.  Il parla environ un quart
               d'heure.

               Nous aurions aimé pouvoir sténographier ce discours de monseigneur et le donner en entier à nos lecteurs.

               « Avant de prononcer les paroles invocatrices, a dit monseigneur, avant de demander au Ciel ses
               bénédictions,   permettez-moi de vous dire quelques mots sur la signification de la démonstration de ce jour ».

               « D'abord permettez-moi de féliciter sincèrement les promoteurs de cette belle entreprise, les capitalistes
               étrangers qui sont venus ici fonder ici cette grande manufacture ».

               « Permettez-moi de les remercier chaleureusement pour l'appui considérable qu'ils apportent dans cette
               partie du Lac St-Jean par l'ouverture de cette nouvelle industrie ».

               « Nous devons nous réjouir de ce courant industriel qui se porte vers notre région, car nous en avons besoin.
               Nous habitons un beau pays, une région extraordinairement fertile, cette grande fertilité du sol promet aux
               colons courageux l'aisance à courte échéance.  Mais avant d'en arriver là, pendant qu'il abat les arbres de la
               forêt pour y jeter la semence qui doit pourvoir à sa subsistance, il lui faut du secours, s'il n'est pas fortuné ; il
               lui faut travailler ailleurs que sur les terre pour se procurer de l'argent ; c'est à l'industrie qu'il a recours.
               L'industrie est donc nécessaire au colon ».

               « En venant exploiter nos pouvoirs d'eau et nos forêts, l'industriel vous apporte le travail et l'argent dont vous
               avez besoin.  Vous lui devez donc beaucoup de reconnaissance.  De son côté, l'industriel doit se montrer
               généreux à l'égard de ses employés.  Il doit bien les traiter et respecter leurs droits ».

               « Les paroles du rituel demandant la paix, la victoire, la vertu ».

               « La paix, c'est-à-dire que le lieu qui est bénit est exempt d'accidents qui peuvent arriver ».

               « Victoire veut dire succès, réussite dans votre entreprise, triomphe dans les difficultés qui se présenteront,
               car vous en rencontrerez des difficultés, je ne vous le souhaite pas, mais ce sont des choses inévitables ».

               « Vertu, a pour signification l'ordre, la bonne conduite.  Il est deux choses que vous ne devez pas tolérer ici,
               deux choses que vous devez bannir de ce bel établissement : c'est le blasphème et l'ivrognerie ».

               « Je demande aux maîtres de ce moulin de ne pas employer de blasphémateurs et d'ivrognes.  Le blasphème
               s'adresse à Dieu lui-même et à quelque religion que nous appartenions, catholique ou protestant, nous croyons
               en Dieu et ne devons pas permettre qu'il soit insulté ».

               « Je dis que vous  ne devez pas employer d’ivrogne.  L’ouvrier abandonné à la passion de l’ivrognerie, ne
               saurait être un bon ouvrier et vous donner satisfaction. Cet homme ne sera jamais content de son sort; plus
               vous lui donnerez d’argent, plus il boira et moins il sera content.  Vous aurez toujours des ennuis avec lui;
               c’est souvent l’intempérance des ouvriers qui est la cause des grèves ou conflits malheureux entre patrons
               et employés.  Ces grèves, ces conflits sont dus le plus souvent à la mauvaise conduite de l’ouvrier, sont dus
               au fait qu’il boit trop pour le salaire qu’il gagne ».

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               ref: Archives Nationales de Chicoutimi

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