De Ouiatchouan à Val-Jalbert, Guide d'interprétation historique

Copie intégrale du texte d'Anny Harvey, historienne










De Ouiatchouan à Val Jalbert
 
 

VAL-JALBERT, site historique classé depuis 1996 par le Ministère de la Culture et des Communications du Québec et faisant partie d'un réseau patrimonial régional : qui es-tu ?   Quand as-tu été fondé et pourquoi ?  Qu'es-tu devenu ? ... Toutes ces questions et ces mystères ont nécessité la réalisation de ce document d'interprétation historique destiné aux guides animateurs qui accompagnent les visiteurs sur le site du village de Val-Jalbert .

Ce document de référence présente de façon précise et concise les grandes étapes de l'histoire régionale et une description détaillée du contexte de développement du village mono-industriel de Saint-Georges de Ouiatchouan qui deviendra Val-Jalbert.
 
 

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PARTICULARITÉS DU SITE DE VAL-JALBERT
 

Découvrir Val-Jalbert : C'est d'abord prendre contact avec son passé rural.  Les premières traces d'occupation permanente du site remontent à 1855 alors que quelques colons venus de Charlevoix viennent s'y installer.  Les fondations du moulin à farine construit en 1866 sur la rivière Ouellet témoignent de cette époque.  Cette petite localité faisait partie du canton Charlevoix inclus jusqu'en 1871 dans la municipalité de Roberval.

C'est vivre le passage du mode de vie rural au mode de vie industriel rendu possible en 1901 par la construction à Ouiatchouan, d'un moulin de pâte de bois (pulperie) par M. Damase Jalbert, entrepreneur forestier au Lac-Bouchette.

C'est assister également à l'érection d'un village-usine propriété de cette même compagnie de pulpe de Ouiatchouan et en comprendre l'évolution.

C'est revivre l'époque entourant la fermeture de l'usine et l'abandon progressif du village par ses habitants.

C'est pouvoir observer l'état de conservation des bâtiments abandonnés depuis bientôt 70 ans. (Certains ont été rénovés, d'autres ont été restaurés ou consolidés).

C'est contempler un site naturel d'une beauté exceptionnelle avec la rivière Ouiatchouan, ses chutes Ouiatchouan et Maligne, ses panoramas depuis le haut des chutes et depuis le village sur le plateau et ses phénomènes géologiques (roches, fossiles, marmites).
 
 

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LE PASSÉ RURAL DE L'EMBOUCHURE DE LA RIVIÈRE OUIATCHOUAN
 
 

L'établissement des colons du futur canton Charlevoix (embouchure de la rivière Ouiatchouan) s'inscrit dans la première phase de colonisation de la région amorcée en 1838 alors qu'un groupe de travailleurs forestiers, originaires de Charlevoix, viennent s'établir à Grande-Baie au Saguenay parle biais de la Société des 21.  Ils seront suivis rapidement par d'autres groupes de colons de Charlevoix et du Bas St-Laurent qui viendront occuper progressivement les rives du Saguenay et celles du Lac-Saint-Jean.

Les premières traces d'occupation permanente des rives de la rivière Ouiatchouan remontent à 1855 alors que quelques colons, sans droit de propriété, commencent à y vivre.  En 1857, moment où P.H. Tremblay procède à l'arpentage du canton Charlevoix, une quinzaine de colons sont déjà établis sur quelques lots des rangs B et 1.  Il s'agit ente autres de Joseph et Jean-­Baptiste Thibeault, Gamelin Bouchard, Charles Lapointe, Michel Gagnon, Sabin Gagnon, Philippe Gagnon, Denis Boivin, Jean Boivin, Eusèbe Boivin, James Robertson, Pierre Gagnon et un dénommé Laflèche.(1)   Il faudra attendre le 17 avril 1871 pour que le canton Charlevoix , comptant plus de 300 âmes, obtienne son statut de municipalité de canton (300 âmes étant, à l'époque, le critère autorisant une localité à avoir un conseil municipal).(2)

Un moulin à bois et un à farine sont construits en 1861 par Pierre Gagnon et Jean-Baptiste Potvin sur la première chute de la rivière Ouiatchouan, située près de son embouchure sur le lac Saint-Jean .  Ces installations sont rachetées en 1866 par F.X. (Fisco) Ouellet et Nil Bouchard qui reconstruisent un moulin à farine sur le ruisseau Ouellet, qui est nommé ainsi car il est situé sur le terrain appartenant à F.X. Ouellet .  Vers 1870 ce dernier érige un barrage sur la rivière Ouiatchouan et construit un nouveau moulin à farine sur la pointe joignant les rivières Ouellet et Ouiatchouan.(3)

Les fondations de ce moulin à farine sont encore apparentes aujourd'hui et elles sont considérées comme le plus vieux bâtiment de Val-Jalbert.  Fait intéressant à signaler, François-Xavier Ouellet, son propriétaire, fut le premier à « enregistrer des lettres patentes dans la nouvelle municipalité »du canton Charlevoix en 1871.(4)

Agriculture de subsistance, pâturage, moulin à scie, meunerie et même école de rang (sur le lot 20 du 1er rang ouverte en 1872) ainsi se développe la petite localité de canton Charlevoix , à l'image des autres municipalités fondées à la même époque sur la rive sud du Lac-Saint-Jean et toutes reliées par le Grand chemin de Kénogami *. C'est ce même Canton Charlevoix qui deviendra, 3 décennies plus tard , le village mono-industriel St-Georges de Ouiatchouan.
 
 

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NOTICE BIOGRAPHIQUE : DAMASE JALBERT, FONDATEUR DU COMPLEXE INDUSTRIEL ET DU VILLAGE DE ST-GEORGE DE OUIATCHOUAN.
 
 

C'est à Saint-Ignace , comté de Montmagny, qu'est né en 1842, Damase Jalbert. Il débuta sa carrière comme navigateur .  II était chargé de conduire des vaisseaux transportant des cargaisons de bois du Canada jusqu'aux ports d'Amérique du Sud où celles-ci étaient vendues.(5)

En 1886, après un bref séjour aux États-unis et quelques temps comme commerçant à Kamouraska, il vient s'établir à St-Jérôme de Métabetchouan où il érige la première fromagerie du Lac-Saint-Jean.  Il acquiert également une « vaste concession forestière du côté ouest du Lac des Commissaires ».  C'est d'ailleurs dans le domaine du bois qu'il poursuivra sa carrière.  Vers 1890, il achète sur les rives du Lac Ouiatchouan au Lac Bouchette, un petit établissement de transformation de bois de sciage muni d'une scierie à vapeur.  Ce complexe porte le nom de « La concerne ».(6)   Activé par la construction récente du chemin de fer dans la région du Lac Saint-Jean, le commerce du bois connaît une période très prospère à cette époque.

Son expérience comme entrepreneur forestier l'amène à la fin de la décennie 1890, à lorgner du côté de la rivière Ouiatchouan et de sa chute du même nom avec le projet d'y construire une pulperie semblable à celle que des entrepreneurs érigent alors à Chicoutimi (1898).  C'est ce nouveau type de production forestière qui est appelé à se développer à l'époque.

Après avoir réuni $ 15 000.00 auprès d'actionnaires confiants, Damase Jalbert achète le 13 mars 1901, au nom de la future compagnie de pulpe, le terrain situé dans le canton Charlevoix appartenant à M. Frank Ross et comprenant une maison, un moulin à farine et de la machinerie.  Cette vente a lieu à Québec devant le notaire Joseph-G. Couture.  Y sont présents Frank Ross et M.M. Wilbrod Jalbert et Étienne Paradis représentant la future compagnie de pulpe qui sera incorporée par lettres patentes le 27 avril 1901.  Son siège social sera établi à Québec et c'est M. Étienne Paradis, commerçant de Québec, qui en sera président.(7)

La compagnie de pulpe de Ouiatchouan ainsi formée a un capital autorisé de $150 000.00 et « lors de la premièreémission d'actions, quatre-vingt personnes, incluant Damase Jalbert achètent 1 198 actions ».  Ce dernier, comme principal actionnaire, possède 200 actions à $100.00 chacune.  Médecins, marchands, cultivateurs et autres professionnels de la région et de l'extérieur se partagent le reste des actions.(8)

C'est donc cette compagnie sous la présidence d'Étienne Paradis qui procédera en 1901-1902 à la construction de la pulperie située sur la rivière Ouiatchouan et à l'érection d'une première partie du village.  Damase Jalbert est considéré en tant qu'actionnaire principal, comme le père­-fondateur du village-usine qui, plus tard, portera son nom, Val-Jalbert.

À sa mort le 31 mars 1904 à St-Jérôme (Métabetchouan), à l'âge de 62 ans, il laisse dans le deuil son épouse et ses 8 enfants.  Deux de ses fils poursuivront son oeuvre dans ses chantiers forestiers et comme marchands ; il s'agit d'Urbain Henri, marchand à Ouiatchouan et de Thomas , marchand au Lac Bouchette.(9)
 
 

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DÉBUT DE L'ÈRE INDUSTRIELLE AU CANADA
 
 

CONTEXTE D'IMPLANTATION DES PULPERIES DANS LA RÉGION DU SAGUENAY-LAC-SAINT-JEAN
 
 

Depuis la décennie 1880, l'industrie du papier est en pleine expansion en Europe et en Amérique du Nord.  Aux États-unis par exemple, les journaux à grand tirage comme le New York Times et le Chicago Tribune nécessitent une forte production de papier journal*.  Progressivement les forêts américaines s'épuisent et les États-unis se tournent vers de nouveaux marchés pour s'approvisionner en bois.  C'est le Canada qui répondra principalement à la demande américaine puis européenne en se lançant dans la production de la pâte à papier (pulpe) à partir de 1890.  En l'espace d'une vingtaine d'années, 60 pulperies canadiennes entreront en opération, de ce nombre nous comptons « trente pulperies dans la province de Québec, dix-sept dans l'Ontario, six dans le Nouveau-Brunswick, quatre dans la Norvelle-Écosse et zone dans la Colombie-Britannique ».(10)

Au Québec, une grande partie de la production de pulpe se fera dans les pulperies érigées dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.  Notamment dans celles de Chicoutimi (1898), Jonquière (1900), Saint-Amédée de Péribonka (1901) et Ouiatchouan (1901) qui produiront de la pâte de bois mécanique. II est intéressant de préciser que toutes ces pulperies furent financées au départ par des Canadiens-français.  D'autres pulperies produisant de la pâte chimique s'ajouteront un peu plus tard dans la région soit en 1917 à Bagotville et en 1922 à St-Émilien de Desbiens .

Le site de l'emplacement d'une pulperie doit d'abord être situé près d'un cours d'eau capable de fournir un potentiel hydroélectrique (chutes) et permettant le transport du bois.  Il doit offrir une étendue de forêts de résineux considérable (épinettes) pouvant assurer une pleine production durant plusieurs dizaines d'années, il doit également être intégré à un réseau de communication fluvial et ferroviaire afin d'assurer le transport de la production de la pâte de bois en Europe et en Amérique du Nord . Finalement les investisseurs doivent avoir beaucoup de capitaux à leur disposition et une grande quantité de mains-d’oeuvre disponible à proximité.

Seuls les sites répondant à toutes ces conditions pourront accueillir une usine d'exploitation de la pulpe laquelle inclura « 3 départements distincts ; celui de la fabrication proprement dite, celui de l'exploitation forestière et celui de l'expédition ».(11)
 
 
 

CHOIX DU SITE DE LA RIVIÈRE OUIATCHOUAN POUR L'ÉTABLISSEMENT DE LA PULPERIE DE DAMASE JALBERT.
 
 

Prenant sa source au Lac des Commissaires puis passant par le Lac Bouchette, la rivière Ouiatchouan, d'une longueur de 109 km parcourt une immense réserve forestière de plus de 150 milles qui fournira tout le bois nécessaire au fonctionnement de la pulperie.  Ce bois sera transporté par flottage sur cette même rivière.(12)

Un peu avant de terminer sa course dans le lac Saint-Jean, la rivière fait un premier bon de 49 mètres à la Chute Maligne puis un autre de 72 mètres à la Chute Ouiatchouan*.  Cette dernière chute offre donc, par sa hauteur et par son débit d'eau, tout le potentiel hydroélectrique nécessaire au fonctionnement de la future usine.

Enfin, le site, situé dans un secteur comptant un grand nombre de travailleurs disponibles, pourra bénéficier d'un réseau ferroviaire bien établi depuis 1888 et d'installations portuaires à proximité (Port de Chicoutimi et Port Alfred à partir de 1917).

C'est donc ce lieu qui incita l'industriel Damase Jalbert à mettre en branle en 1898, son projet de construction et d'exploitation d'une pulperie sur la rivière Ouiatchouan et la mise en chantier d'un village s'y rattachant.  Ce village de type mono-industriel et propriété de la compagnie sera bâti « en vue d'attirer et de maintenir sur place une main-d'oeuvre qualifiée ».(13)   Il se veut à l'image des premières villes industrielles apparues au 19e siècle en Europe (New-Lanark Écosse) , aux États-unis (Pullman près de Chicago) et au Canada (Shawinigan, Sherbrooke, Sainte?Hyacinthe) .  Il est également précurseur des villes de compagnies qui seront érigées durant le premier quart du 20e siècle à quelques endroits dans la région soient Kénogami (1910 propriété de la papeterie de la compagnie Price), Riverbend (1925 compagnie Price), Isle Maligne (1925 propriété Alcan), Arvida (1926 propriété d'Alcan), Dolbeau (1927 propriété de Lake Saint-John Power and Paper CO.).
 
 

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CONSTRUCTION DE LA PULPERIE PAR LA COMPAGNIE DE PULPE DE OUIATCHOUAN
 
 

Après avoir réuni les fonds nécessaires auprès d'investisseurs et acquis le terrain sur lequel elle érigera son usine, la compagnie de pulpe de Ouiatchouan, dont l'actionnaire principal est Damase Jalbert, est incorporée le 27 avril 1901 et les travaux de construction sur le site sont mis en branle.

C'est sous la direction d'Herménégilde Morin qu'une cinquantaine d'ouvriers ouvrent le chantier.  On procède d'abord au nivelage du terrain devant accueillir l'usine qui mesurera 200 pieds (66m) sur 60 (20m).(14)   On s'affaire aussi à la construction d'une branche de voie ferrée d'environ 1 mille de long devant relier la pulperie au pied de la chute et le village de Chambord.

On entreprend également l'érection, au sommet de la chute Ouiatchouan, d'un barrage d'une hauteur de 28 pi (9m) et mesurant 100 pi (33 m) de long par 40 pi (13 m) de large.  Un mur de pierre d'une longueur de 370 pi (120 m) épaulant la montagne à une distance de 15 pi (5m) de celle-ci s'ajoute à cette écluse.  C'est par ce passage que l'eau pénètre « puis s’engouffre dans un tuyau d'acier de 250 pi (81 m) de long et d'un diamètre de 9 pi à l'entrée et diminuant à 7 pi qui communique avec les turbines » situées dans l'usine.  La pression mesurée de cette entrée d'eau est de 105 livres / po².(15)   Les turbines utilisées à la pulperie de Ouiatchouan proviennent de la Compagnie américaine Stillwall-Bierce and Smith-Vaile de Dayton Ohio et sont connues sous le nom de roues hydrauliques de Suisse.  Quant aux pièces de machinerie elles sont fabriquées par Carrier Lainé.

Le complexe industriel est complété par l'installation d'une dynamo et par la construction d'une scierie située à la chute Maligne à un mille en amont de la pulperie.  La dynamo servira à fournir l'électricité requise à l'usine et , plus tard, à éclairer le village.  La scierie quant à elle servira à couper les arbres en billots de 10 pieds.  Ces derniers seront acheminés de la chute Maligne jusqu'à la pulperie au moyen d'une dalle de 400 pieds (130m) de longueur.(16)

Environ 18 mois après le début des travaux, la nouvelle usine de la compagnie de pulpe de Ouiatchouan entre en opérations après avoir été inaugurée et bénie par Mgr Michel-Thomas Labrecque, évêque de Chicoutimi , le 17 août 1902 devant plus de 2000 personnes . Ce dernier ayant pris soin, dans son discours d'inauguration, d'implorer le ciel d'éloigner de ses lieux blasphémateurs et ivrognes afin de mieux les protéger .(17)

Durant son premier hiver d'opération soit celui de 1902?1903, l'usine fonctionne à plein rendement et profite d'un essor de l'activité forestière vécu dans toute la région à ce moment.  C'est alors que les employés de l'usine appelée à l'époque « le moulin St-Georges » de Ouiatchouan s'affairent à la production de la pâte de bois mécanique, « fabrication dans laquelle n'entre que du bois et de l'eau » comparativement à la pulpe chimique où
« le bois est mélangé à un acide sulfurique (sulfite) ou à la soude soumis à des procédés chimiques fort compliqués ».(18)    La pâte chimique ne sera jamais produite à l'usine Ouiatchouan.

La production de pâte mécanique (pulpe) nécessite 5 étapes distinctes et impliquent l'emploi de plusieurs corps de métier*.

La première étape est celle de l'écorçage où les billots, préalablement coupés en longueur de 24 pouces sont dépouillés de leur écorce grâce à des écorceurs à tambour. D'après les plans de l'arpenteur C. H.Dumais réalisés en décembre 1901, la salle des écorceurs était un bâtiment situé à environ 60 pieds à l'est de la pulperie initiale.  L'écorce ainsi prélevée et les copeaux de bois impropres à la fabrication étaient empilés dans la cour de l'usine pour être brûlés dans la bouilloire ou chaudière d'où on obtenait la vapeur nécessaire à la fabrication de la pulpe.

La deuxième étape est celle du défibrage où au moyen de meules de grès de 54 pouces de diamètre, les billes de bois sont broyées, transformées en fibre de bois et mélangées à de l'eau claire et limpide provenant de la rivière Ouiatchouan.  Cette opération produit une pâte qui subit l'étape suivante appelée le tamisage et la précipitation.

À l'étape de la précipitation (enroulage) la pâte tombe dans des réservoirs où elle est filtrée en deux temps.  Puis elle va au ramassage où « la pulpe est entraînée par un fort courant d'eau sur d'épaisses couvertes en laine très tendues qui ne laissent passer que la finie fibre du bois, laquelle vient s'accumuler graduellement autour d'un gros cylindre ».(19)   Lorsqu'elle atteint ¼  de pouce d'épaisseur l'employé la détache du cylindre et la plie en feuilles.  Ces feuilles sont empilées et expédiées à l'étape suivante appelée le pressage.

A l'étape du Pressage, chaque feuille est placée sur un treillis métallique et empilée sur un chariot qui sera placé sous une presse hydraulique afin d'en extirper la plus grande quantité d'eau possible soit au moins 30%.  « Quandla brouette est suffisamment chargée, brouette et pulpe sont mises dans une presse hydraulique à 3 500 livres de pression au pouce carré et pressée jusqu'à ce que la pulpe ne contienne plus que 45 à 50 % d'eau.  Les feuilles sont alors mises en ballots de 450 livres et la pulpe est prêle à être expédiée ».(20)

Expédition, Les ballots de pulpe sont emmagasinés dans les wagons et sont envoyés par train jusqu'au port de Chicoutimi, puis de là, on les envoie par bateaux vers l'Europe.  Voilà pour la production destinée au marché européen.  Quant à celle produite pour les marchés nord-américain, c'est par le rail qu'elle atteindra ces destinations (Québec, Montréal, Toronto, différentes villes américaines).  Une fois arrivée chez les clients, la pulpe mécanique canadienne subira une nouvelle étape de transformation afin de devenir du papier journal ou du carton.
 
 

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PREMIÈRE ZONE D'AMÉNAGEMENT DU VILLAGE-USINE
 
 

Simultanément à la construction de l'usine de pulpe et des installations nécessaires à son bon fonctionnement (bureaux de la compagnie, scierie, atelier de réparation), la compagnie de pulpe de Ouiatchouan amorce la mise en place d'une première zone d'habitations destinées aux employés de la pulperie.

Trois maisons doubles devant accueillir chacune deux familles d'ouvriers et une maison double, un peu plus grande, devant loger 2 contremaîtres, sont construites sur la première rue du village encadrant l'usine, soit la rue St-Georges.  Une maison de pension qui, plus tard deviendra l'atelier de réparation et, selon certains plans de C.H.Dumais, un petit hôtel viennent compléter cette première zone d'occupation.( 21)    Seule une maison double d'ouvriers et la maison des contremaîtres sont encore existantes aujourd'hui et témoignent de l'emplacement des premières habitations du village.

Enfin, en 1903 fut inaugurée la première chapelle des lieux, située devant l'esplanade face à la pulperie. Celui qui fut chargé de la mission de Ouiatchouan par Mgr Labrecque, fut le curé de Roberval, Joseph-Georges Paradis.  Il célébra la première messe à Ouiatchouan le 9 novembre 1903.  C'est d'ailleurs en son honneur que la mission et plus tard, la paroisse, fut placée sous la protection de St-Georges .(22)    La mission de Ouiatchouan sera assurée par la paroisse Notre-Dame­du-Lac de Roberval de 1903 à 1911.

Les vestiges des fondations de cette première chapelle sont encore apparents.  Elles sont faites de pierres des champs retenues par du mortier et elles mesurent 12 mètres par 6 mètres.(23)    Cette première chapelle était, en fait, une maison que la compagnie avait mise à la disposition du curé desservant et dans laquelle on avait placé 100 chaises disposées en 28 bancs.  Il semble que lors de la première mission donnée le 29 novembre 1903, le village comptait 23 familles totalisant 111 âmes .(24)

C'est cette pulperie et ce village naissant que Damase Jalbert, père des lieux, laissera derrière lui, le 31 mars 1904, jour de son décès.
 
 

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BREF INTERMÈDE : LA OUIATCHOUAN FALLS PAPER CO ACQUIERT LA COMPAGNIE DE PULPE DE OUIATCHOUAN
 
 

Au lendemain du décès de M. Jalbert, des intérêts financiers américains se portent acquéreurs de la compagnie de pulpe de Ouiatchouan et du village adjacent. Désormais la compagnie portera le nom de « Ouiatchouan Falls Paper Company » et le village celui de « Ouiatchouan Falls ».  C'est avec le dessein d'étendre ses activités vers la production de papier journal que ces investisseurs achètent la compagnie qui, selon certaines sources, éprouvait alors des difficultés financières.(25)

Les nouveaux propriétaires poursuivent l'oeuvre de Damase Jalbert en opérant l'usine existante et procèdent à la construction de 5 nouvelles maisons doubles sur la rue St-Georges, maisons construites selon un plan similaire à celles déjà en place dans le village.(26)

En 1907, c'est autour de la Ouiatchouan Falls Paper Company, de connaître des problèmes de financement qui la destinent à une faillite imminente.  C'est alors qu'entre en scène celui qui donnera un second souffle à St-Georges de Ouiatchouan, M. Julien-Édouard-Alfred Dubuc, alors directeur-gérant de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi. J.E.A. Dubuc achète un premier groupe d'actions et devient un des quatre directeurs administratifs de la Ouiatchouan Falls Paper CO .  Au mois d'octobre 1907, il est nommé, par la compagnie américaine, gérant-général de la pulperie de Ouiatchouan.  L'acquisition du reste des actions par M. Dubuc, au nom de la pulperie de Chicoutimi, se fera sur une période de 6 ans soit entre 1908 et 1914.(27)
 
 

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NOTICE BIOGRAPHIQUE DE JULIEN-ÉDOUARD-ALFRED DUBUC
 
 

Né le 21 janvier 1871, à St-Huges, comté de Bagot, il est le fils aîné de J.-A. Dubuc marchand de Sherbrooke.  Après avoir complété ses études commerciales au Séminaire de Sherbrooke, il entre à l'emploi de la succursale de la Banque Canadienne Nationale de cette même ville. En 1892, il arrive à Chicoutimi afin d'y organiser la première succursale de la Banque Canadienne Nationale.

Il épouse le 21 juin 1893, dame Anne-Marie Palardy de St-Huges avec qui il aura 15 enfants, dont 5 seulement survivront ; il s'agit de Vincent, Antoine, Marie, Marthe et Esther.(28)

C'est ce gérant de banque qui sera approché en 1897, par Joseph-Dominique Guay, instigateur de la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi , qui a comme projet de construire une pulperie sur la rivière Chicoutimi.  Le 26 octobre 1897, J.E.Alfred Dubuc joint les rangs de cette compagnie, à titre de directeur-général .(29)   Grâce à un capital de départ de $50000 accumulé par la vente d'actions à $500.00 chacune, la Compagnie de pulpe de Chicoutimi érige son usine de pâte de bois qui entre en opérations le 4 janvier 1898.(30)

Durant un peu plus de 25 ans, M. Dubuc s'impliquera corps et âme dans l'industrie de la pulpe au Royaume du Saguenay, si bien qu'on le qualifiera de « Roi de la pulpe ». Cet homme un peu solitaire, selon son fils Antoine, très catholique et surtout doté d'un coeur généreux, selon ses proches, sera au coeur de cette industrie nationale. Voici à titre d'information un relevé des principaux investissements faits par J.E.A. Dubuc, alors qu'il était à la tête de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi.

En 1908, ü construit le chemin dé fer Roberval-Saguenay appelé à l'époque le Chemin de fer de la Baie des Ha ! Ha!. Un an plus tard, il acquiert au nom de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi, une partie des actions de la Ouiatchouan Falls paper CO de Ouiatchouan (futur Val-Jalbert). Il fera de cette pulperie le troisième moulin appartenant à la Compagnie de pulpe de Chicoutimi. Il est à noter que c'est la première fois que cette compagnie fait des investissements à l'extérieur de Chicoutimi.

En 1914, J.E.Alfred Dubuc part en quête de nouveaux capitaux et c'est surtout auprès d'investisseurs anglais qu'il les obtiendra.  L'année 1915 voit naître un consortium contrôlé en partie par des intérêts américains portant le nom de North American Pulp and Paper Company.  La Compagnie de pulpe de Chicoutimi en fera dorénavant partie.  C'est d'ailleurs Dubuc qui en deviendra le président et c'est à partir de ce jour qu'on le surnommera le « Roi de la Pulpe ».(31)   La North American Pulp and Paper CO sera remplacée le 22 mai 1922 par la Compagnie de Pulpe et de Pouvoirs d'eau du Saguenay.

Alors que la première guerre mondiale fait rage en Europe, J.-E.-Alfred Dubuc, associé à des intérêts anglais, procède à la construction d'une pulperie sur la rivière à Mars dans le secteur qui portera en son honneur le nom de Port-Alfred.  Cette usine appelée Ha! Ha! Bay Sulfite Company entrera en opération en 1918 et on y fabriquera de la pâte chimique qui sera expédiée surtout en Angleterre.  C'est d'ailleurs à la demande de cette dernière que cette industrie fut érigée ; l'Angleterre connaissant alors des difficultés d'approvisionnement en matière première pour la production de la pâte chimique.  La première guerre aura donc été profitable pour l'industrie de la pulpe au Saguenay et au Canada.

En 1919, Dubuc continue d'investir et acquiert une seconde usine de pulpe chimique.  Elle est située à Chandler en Gaspésie et elle se nomme la St-Lawrence Pulp and Lumber Corporation.  Son nouveau propriétaire lui donnera le nom de Compagnie de pulpe de Chicoutimi, division St-Laurent.

C'est à partir de 1921 que débute le déclin des activités de la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi à la « suite de
l'abolition de la régie des prix art Canada et aux États-unis, et de la concurrence des pays scandinaves avec
l'amélioration de la situation dans le domaine de l'expédition et de la fin de la guerre ».(32)

Pour tenter de se relever, la Compagnie de Pulpe et de Pouvoirs d'eau du Saguenay incluant la Compagnie de pulpe de Chicoutimi fait en 1922, une émission d'actions pour une valeur de 3 millions de dollars.  La moitié de ces actions seront achetées par Price Brother's lui donnant ainsi accès au conseil d'administration.  La Compagnie Price étant l'adversaire acharné depuis toujours de J.E.A. Dubuc, on peut facilement comprendre qu'en 1923 , M. Dubuc ait remis sa démission au comité exécutif de la Compagnie de Pulpe et de Pouvoirs d'eau du Saguenay.

Julien-Édouard-Alfred Dubuc part ensuite pour l'Angleterre où il coopère avec la Becker and Company de Londres, associés avec lui dans la pulperie de Port-Alfred .  Malheureusement, la compagnie Becker fera faillite à son tour , entraînant avec elle, « la Ha ! Ha ! Bay Sulfite Company de Port-Alfred et l’usine de Chandler qui a été vendue à la Ha ! Ha ! Bay Sulfite Company en mai 1922 ».(33)

De retour au pays, c'est en politique que Julien-Édouard-Alfred Dubuc poursuit sa carrière.  Il fut député libéral­ indépendant du comté de Chicoutimi à Ottawa de 1925 à 1945.  Il fut également maire de Chicoutimi de 1932 à 1936. Selon son fils Antoine Dubuc, c'est la politique qui l'a sorti de la torpeur dans laquelle il était depuis la faillite de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi en 1924.

C'est le 30 octobre 1947 que celui que plusieurs ont considéré comme le « Roi de la Pulpe » , décède, à l'âge honorable de 76 ans.34
 
 

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ACQUISITION DE L'USINE ST-GEORGES DE OUIATCHOUAN PAR LACOMPAGNIE DE PULPE DE CHICOUTIMI
 
 

À son arrivée en octobre 1907 comme gérant-général de la Ouiatchouan Falls Paper Company, J.E.A. Dubuc a de grands projets pour l'usine de Ouiatchouan.  En fait, il entend doubler la capacité de production du moulin de pulpe, qui produit alors 500 ballots de pulpe par jour soit environ 60 tonnes par jour .  Il a également l'idée de procéder à la construction d'un grand moulin à papier.  Dans les faits, seul son projet d'agrandissement de l'usine existante se réalisera.

Entre 1907 et 1909 alors qu'il continue à acheter des actions de la Ouiatchouan Falls Paper CO au nom de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi, Dubuc procède à une nouvelle expansion du village de Ouiatchouan.  Deux maisons doubles et une maison de pension (hôtel) sont construites sur la rue St-Georges. L'aqueduc et les égouts y sont également amenés.(35)

Le coût de ces nouvelles constructions combinées à des dettes accumulées afin de maintenir la production de l'usine entre 1904 et 1909 vont entraîner la Ouiatchouan Falls Paper CO vers de grandes difficultés financières.  Si bien qu'en mars 1909, « la Banque Nationale dépose un bref de saisie contre la Ouiatchouan Falls Paper CO et tous ses titres. Tous les biens et propriétés seront vendus à l’encan, par décision du Lieutenent-général en Conseil...  La vente doit avoir lien à la porte de l'église de Roberval, à 11 heures, le 4 vrai 1909 ».(36)

Elle n'aura pas lieu car la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi acquiert la majorités des titres pour une valeur de $11 000 juste avant le début de la vente aux enchères.  Une somme de $90 000 sera ajoutée pour désintéresser les actionnaires.  La Compagnie de Pulpe de Chicoutimi devient ainsi actionnaire majoritaire de l'usine de St-Georges de Ouiatchouan.  L'acquisition du reste des actions s'échelonnera jusqu'en 1914.(37)
 
 

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AGRANDISSEMENT DE LA PULPERIE « MOULIN ST?GEORGE » ENTRE 1910 ET 1978
 
 

« Pour accroître la transformation sur place du bois, le gouvernement du Québec interdit, en 1910, l'exportation du bois à pâte coupé sur les terres publiques ».(38)   Cet embargo laisse donc présager une hausse prochaine de la demande en pulpe puisque les États-unis, qui importaient aussi du bois canadien non transformé pour leur papier journal, sont maintenant contraints à n'acheter que de la pulpe ou du papier canadien.  Ces nouvelles politiques québécoises encouragent la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi , avec à sa tête J.E.A. Dubuc, à procéder dès 1910 à d'imposants travaux sur le moulin de Ouiatchouan afin d'augmenter sa capacité de production.  On construit d'abord du côté de la chute du même nom, une chambre des meules en pierre qui devra accueillir 3 grosses turbines reliées à 10 meules défibreuses.  Les turbines seront, quant à elles, alimentées par un immense tuyau de six pieds de diamètre.  Deux d'entre elles produiront 1000 forces d'énergie et la troisième en produira 22 000.(39)

On s'affaire également à l'ajout d'une annexe en pierre et ciment d'une longueur de 63 mètres sur 12 mètres avec plancher en béton armé, le tout s'avançant vers l'esplanade en face de l'usine.  C'est dans cette annexe que seront localisés les 10 métiers et plus tard, en 1914, les 9 presses hydrauliques et en 1917, les pompes et les tamis.  Ces nouveaux équipements permettront à l'usine d'augmenter sa production à 110 tonnes de pulpe par jour.(40)

À la fin de juin 1910, Mgr Labrecque, évêque de Chicoutimi, inaugure et bénit devant une foule nombreuse cette usine agrandie une première fois.  Y sont présents entre autres l'abbé Eugène Lapointe, l'abbé Bilodeau, curé de Roberval et son vicaire, l'abbé Lapointe , M. et Mme Dubuc, Mme J.E. Cloutier, l'épouse de l'assistant-gérant de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi ainsi que les surintendants, contremaîtres et ouvriers travaillant à la pulperie de Ouiatchouan.(41)

D'autres travaux d'agrandissement seront effectués entre 1914 et 1918 alors que la première guerre mondiale fait rage en Europe.  C'est en réponse  « aux demandes des capitalistes anglais désireux de se ravitailler en pâte de bois canadienne » que Dubuc investira dans son usine de Ouiatchouan.(42)   Ces difficultés d'approvisionnement vécues par les Anglais étaient reliées au fait « que la menace des sous-marins ennemis les empêchaient d'en acheter dans les pays scandinaves » qui, jusque-là, étaient leurs principaux fournisseurs de Pulpe .(43)

En 1914 débutent une autre série de travaux au moulin St-Georges ; d'abord l'ajout d'une salle destinée aux écorceurs manuels et à la bouilloire sera érigée du coté ouest de l'usine.  Elle remplacera le premier bâtiment des écorceurs qui était situé à l'est du moulin. Entre 1916 et 1917, on procède au recouvrement en pierre de la partie initiale de l'usine qui avait été construite en bois en 1901.  Enfin , c'est dans les années 20 qu'une dernière annexe est construite à l'arrière de l'usine afin de loger l'écorceur à tambour.  Certaines photographies du complexe datant des années 20, nous montrent également que le quai de chemin de fer, qui partait de l'usine en s'avançant vers l'esplanade, avait été recouvert d'un toit.(44)

On retrouve encore aujourd'hui dans l'usine quelques pièces de machinerie et d'équipement datant de cette époque. Des écorceurs fabriqués, pour certains à Carthage, état de New York et pour d'autres à Hamilton en Ontario et à Chicoutimi, une turbine couplée sur une défibreuse, des vestiges de la pompe à pâte et des appuis de presses hydrauliques sont parmi « ces témoins de !a chaîne de production de la pâle mécanique ».(45)
 
 

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SECOND SOUFFLE DANS LE DÉVELOPPEMENT URBAIN DE ST-GEORGES DE OUIATCHOUAN AVEC L'ARRIVÉE DE J.-E.-A. DUBUC ET DE LA COMPAGNIE DE PULPE DE CHICOUTIMI
 
 

À ces nombreux travaux de réfection à la pulperie, se joignent de nouveaux aménagements dans le village appartenant désormais à la Compagnie de pulpe de Chicoutimi. J.E.A. Dubuc continue d'aménager le site selon un plan d'urbanisme bien défini , ce qui fera de cette cité, un modèle pour les localités avoisinantes.

De nouvelles maisons doubles pour famille d'ouvrier, du même type que celles déjà existantes, s'ajoutent sur l'unique rue du village, la rue Saint-Georges, ce qui porte le nombre de résidences à quinze.  Toutes ces maisons sont construites sur le côté est de cette rue.  Le seul bâtiment présent sur le côté ouest à cette époque, est la maison de pension couplée d'un magasin-général que Dubuc avait fait construire en 1909.

Entre 1910 et 1914, « pour loger le nombre d’ouvrier que requiert l'usine, Dubuc fait construire des baraquements, le long dela rivière Ouiatchouan, dans la courbe que dessine la rue Saint-Georges avant d'aboutir à l'esplanade de l'usine ».(46)

La première église du village et son presbytère sont mis en chantier en décembre 1910 par Ludger Cimon .  Ils sont situés sur le côté ouest de la rue Saint-Georges.  C'est le 23 octobre 1911 que l’église est bénie.  Ce jour marque aussi l'arrivée dans cette future paroisse, du premier curé résident, l'abbé Joseph-Edmond Tremblay, ancien curé de Saint-Charles Borromée.  C'est avec beaucoup de fierté que les gens du village l'accueillent dans le nouveau temple.(47)   Certains documents d'époque mentionnent également la présence d'une maison d'école située près de l'église et du presbytère.  Elle accueillait, selon le Progrès du Saguenay du 26 juin 1913, environ 90 élèves et l'instruction y était donnée par une enseignante laïque.(48)

C'est un peu avant 1913 que s'ouvre au niveau intermédiaire, la deuxième rue du village.  Il s'agit de la rue St-Joseph où 5 maisons doubles sont bâties.  Le tracé de cette rue annonce l'ouverture prochaine du plateau à l'habitation.  1913 est également l'année où J.E.A. Dubuc change le nom du village.  De « Ouiatchouan Falls » qu'il était, il devient Val-Jalbert, en l'honneur de son fondateur, Damase Jalbert.(49)

Au cours de l'été 1915, on procède à l'arpentage du terrain situé sur le plateau, où Dubuc prévoit prolonger le village.  Dans les plans du service du cadastre déposés en septembre 1915, on voit clairement les rue Ste-Anne, Dubuc et Tremblay.  Notons ici que la rue Dubuc est nommée en l'honneur de J.É.A Dubuc, président de la compagnie. La rue Tremblay, quant elle, rend hommage au curé résident de l'époque, Joseph-Edmond Tremblay.  Il faudra toutefois attendre deux ans avant que ne débute la mise en chantier des premières maisons sur ces nouvelles rues.  C'est également en 1915, plus précisément le 7 octobre, qu'est érigé civilement, selon la loi du Québec, la nouvelle municipalité de village de St-Georges de Val-Jalbert.(50)    C'est désormais la municipalité couplée à la compagnie de pulpe qui sera responsable des prochains développements réalisés dans le village de Val-Jalbert. Enfin, l'année 1915 sera marquée par la création d'une commission scolaire à Val-Jalbert et par la construction d'un couvent-école qui sera dirigé par les Soeurs du Bon Conseil de Chicoutimi.

C'est en 1917 que débute la première phase de développement du quartier ouvrier sur le plateau.  Elle se réalise en réponse aux diverses pressions exercées par les ouvriers de l'usine ne trouvant pas où se loger et aussi par celles faites par le curé Joseph-Edmond Tremblay qui trouve insalubre les baraquements d'ouvriers longeant la rivière.  La municipalité décide alors de procéder à la construction de 15 nouvelles maisons sur les rues Dubuc et Tremblay.  Ces maisons sont de type unifamilial et elles sont construites d'après les plans dressés par Ludger Cimon, le même qui a construit l'église quelques années plus tôt.(51)   Ainsi s'ouvre officiellement cette « haute-ville » qui sera peuplée entièrement de familles d'ouvriers.  La maison du contremaître, érigée à l'extrémité sud-est de la rue Ste-Anne, est construite à la même époque.  Cette dernière a été
« construite à cet endroit pour qu’il puisse en tout temps surveiller le moulin à pulpe et qu'il n'en soit pas trop loin si un  problème survenait ».(52)

La compagnie s'inspire des Américains dans la construction de toutes ces nouvelles habitations. L'architecture, le confort moderne avec aqueduc, égouts , éclairage et cabinet d'aisance, même le nombre de chambres à coucher prévoyant entre autres la séparation des enfants par sexe.  Tous ces éléments s'appuient sur les façons de faire des Américains.(52)   En planifiant et en aménageant ainsi son habitat ouvrier, la municipalité et la compagnie entendent « attirer et conserver des ouvriers qualifiés mais aussi elle compte bien acheter la paix sociale en ce début de XXe siècle, alors que la force ouvrière s'organise ».(53)   Les ouvriers, qui travaillent et vivent à Val-Jalbert , bénéficient donc du confort moderne des grandes villes ouvrières nord-américaines de l'époque comme c'est le cas à Shawinigan, à Grand-Mère, à Sherbrooke, à Montréal et dans plusieurs villes des États-Unis.

Au printemps de 1919, débute une seconde phase d'aménagement du quartier de la haute-ville.  De nouvelles pressions sont faites depuis quelques temps, auprès de la compagnie, par le curé Tremblay, qui se plaint du manque de maisons et du danger que peut occasionner un va-et-vient trop grand d'ouvriers ne logeant pas dans le village.  Dans une lettre qu'il écrit à M. Dubuc le 5 avril 1919, le curé Tremblay dit que depuis janvier 1919, 125 ouvriers passants ont avisé la compagnie de leur départ prochain.  Ces ouvriers, célibataires pour la plupart, vivants à la maison de pension étaient, selon les dires du curé, « des gens, peu intéressés, ne pouvant se former une mentalité chrétienne, ni être pour l’Église, une aide au point de vue pécuniaire  ».  Pour éviter cette situation, il réclame donc de nouvelles maisons pour recevoir des familles afin de préserver « le bon ordre et le bon esprit » dans le village.(54)

En 1919, le gouvernement fédéral unioniste de R.L. Borden « met à la disposition des provinces... et de leurs municipalités, un prêt de $ 25 millions pour la construction de logements ».(55)    Pour pouvoir profiter de cette politique fédérale d'aide au logement, la municipalité de Val-Jalbert et la compagnie de pulpe de Chicoutimi, toujours propriétaire des lieux, engagent une société de construction pour ériger une vingtaine de maisons.  C'est la première fois que l'on fait appel à une telle compagnie pour réaliser des travaux dans le village, les bâtiments ayant jusque-là été construits par les employés de la compagnie sous la direction du gérant de l'usine.(56)   Il faut préciser que la société choisie pour réaliser les travaux porte le nom de Ha Ha Bay Land & Building Co et elle est une filiale de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi.

C'est donc cette dernière qui procède à la construction de maisons unifamiliales sur les rues Ste­-Anne, Dubuc et Tremblay.  Une autre rue s'ajoute au quartier sur laquelle seront bâties 10 maisons du même type.  Il s'agit de la rue Labrecque nommée en l'honneur de Mgr Michel-Thomas Labrecque, évêque de Chicoutimi.  Toutes ces résidences sont construites selon les plans de l'architecte Alfred Lamontagne qui a également réalisé les plans du couvent-école en 1915.(57)   Toutes possèdent des fondations en béton comparativement à la pierre de calcaire utilisée pour les maisons des rues St-Georges et St-Joseph.  Ce qui témoigne de l'évolution des techniques et matériaux de construction dans les années d'après guerre, moment où se déroule le second souffle dans le développement du village de Val-Jalbert.(58)

Ces habitations datant de 1919 sont construites de la façon suivante : « vers Sur une carcasse de montants en épinette, on plaçait l'extérieur des planches embouvetées en oblique par rapport à la verticale, puis aile épaisseur de papier asphalté et enfin du bardeau de cèdre. Vers l'intérieur, on trouve d'abord des planches embouvetées placées horizontalement puis une finition en carton ciré épais ».(59)

La dernière étape dans le développement résidentiel de Val-Jalbert a lieu en 1923 et 1924 alors que J.É.A. Dubuc procède, au nom de la compagnie de pulpe de Chicoutimi , à la construction de dix nouvelles maisons doubles devant accueillir chacune 2 familles d'ouvriers.  Les plans de ces résidences sont faits encore une fois par Alfred Lamontagne, architecte de Chicoutimi.  On retrouve quatre de ces maisons dans le quartier « d'en-haut » c'est-à-dire sur le plateau et six d'entre elles sont bâties entre la rivière Ouiatchouan et la rue St-Georges en remplacement des anciens baraquements d'ouvriers érigés entre 1910 et 1914.(60)

L'année 1924 est marquée aussi par un événement tragique.  II s'agit du feu qui ravage l'église et le presbytère le 10 février.  Reconstruits après le drame, ces deux bâtiments seront l'oeuvre de l'architecte Lamontagne et ils recevront la bénédiction de l'évêque Mgr Labrecque en 1926.(61)
 
 

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LA VIE QUOTIDIENNE À VAL-JALBERT À L'ÉPOQUE DE J.-É.-A. DUBUC
 
 

À mesure que le village s'agrandit, M. Dubuc s'applique à compléter l'aménagement urbain de Val-Jalbert en plantant des grands arbres le long de la rue principale macadamisée, en y construisant des trottoirs de bois, en ajoutant un escalier devant l'hôtel qui permet d'accéder facilement au quartier sur le plateau.  Quartier parcouru par de larges rues symétriques éclairées et sur lesquelles on retrouve des bornes-fontaines à intervalle régulier etc.(62)   Ce qui fait rapidement de Val-Jalbert, un exemple de modernisme enclavé dans un milieu rural plutôt traditionnel.

Les gens vivant à Val-Jalbert étaient en grande majorité employés à la pulperie ou, s'ils ne l'étaient pas directement, ils pratiquaient une activité économique qui en dépendait fortement.  C'était entre autres le cas du marchand général, du boucher, du maître de poste et des quelques cultivateurs* vivant dans le village.  Il est évident que dans un village de type mono-industriel comme Val-Jalbert toute la vie était fonction des besoins de l'usine.  Durant les années où l'usine fonctionnait à plein rendement, la population du village en bénéficiait grandement.  Par contre dans les moments plus difficiles on pouvait immédiatement en percevoir les effets sur les habitants.

De 550 personnes qu'ils étaient au village lors de l'agrandissement de l'usine en 1914, ils ont atteint le nombre de 840 en 1921 puis de 950 en 1926 après de nouveaux investissements qui, malheureusement, ne se révélèrent pas rentables.  C'est précisément à partir de 1927 que s'amorce la baisse de population avec l'annonce de la fermeture prochaine de l'usine.  Elle passe de 720 en 1927 à 500 en 1929 pour atteindre 50 personnes en 1930.(63)

Voyons maintenant à quoi ressemblait la vie au village de Val-Jalbert durant ses années d'or soit entre 1914 et 1924.  Chaque famille ouvrière habitait une belle maison construite par la compagnie avec l'eau courante, les égouts et l'électricité.  Le coût moyen du loyer pour la période de 1914 à 1927 se situe entre huit et quatorze dollars mensuellement.  Ces résidences étaient chauffées au moyen d'un poêle à bois dans lequel étaient brûlés principalement les résidus de bois de l'usine.  Des vestiges retrouvés sur le terrain laissent croire que certaines maisons étaient munies d'un système de chauffage répartissant la chaleur.  C'est le cas entre autres de la maison du contremaître située sur la rue Ste-Anne.(64)

Les maisons de Val-Jalbert sont toutes semblables. « L'extérieur est presque polychrome. Tous les châssis et les portes sont recouverts d'une peinture blanche. Les murs et les frises sont jaune citron alors que les coins vert bronze tranchent visiblement les angles.  A l'intérieur... les portes, les plafonds et les murs sont blancs, tandis que les plinthes sont beiges. »(65)    Les familles habitant les maisons doubles situées surtout dans le quartier « d'en-bas » bénéficient d'un logis comprenant deux pièces au rez-de-chaussée et deux chambres à l'étage.  Les maisons unifamiliales de la haute-ville comptent une cuisine et un salon double au premier plancher et on dénombre trois ou quatre chambres séparées par un corridor au second niveau.

Derrière chacune des maisons se trouvaient un ou deux bâtiments secondaires qui servaient de remises dans certains cas ou de garage pour une charrette ou une carriole ou encore d'abris pour des animaux tels que poules et cochons que plusieurs familles gardaient pour leurs besoins domestiques.(66)   On utilisait également l'entretoit de ces bâtiments pour ranger des graines et des ustensiles de jardinage, car chaque famille du village était encouragée à cultiver un petit coin de terre. « Un concours de jardins » était même organisé annuellement par M. Dubuc.

C'est l'arrière des maisons qui servait de dépotoir aux habitants de Val-Jalbert ou encore la pente reliant les quartiers d'en haut et d'en bas.  Ils n'avaient pas d'autres moyens, semble-t-il, de se débarrasser de leurs ordures ménagères.

Enfin, chaque rue était éclairée et c'est principalement sur les arbres qu'étaient placés les isolateurs électriques ce qui prouve
« que l’on utilisait les arbres plutôt que des poteaux pour le transport de l'électricité entre la basse et la haute-ville ».(67)

La journée commence très tôt au village.  Vers 6 heures la femme s'affaire à traire la vache familiale, elle voit ensuite à ce que tous les membres de la famille soient prêts à temps pour leurs occupations quotidiennes.  L'époux débute son quart de travail à 7 heures et les enfants doivent se rendre à l'école pour 8 heures.  Une fois les enfants à l'école, elle soigne le cochon et les poules, lave les oeufs, prépare les repas, et veille à l'entretien du jardin.  Ménage, lavage, reprisage, filage, tissage et confection de vêtements sont également au nombre de ses tâches quotidiennes.  À l'approche de l'automne, elle procède à la mise en conserve des légumes et de la viande qui seront très appréciés durant l'hiver.(68) Voilà à quoi ressemble la vie de l'épouse, celle qui est considérée comme le maître d'oeuvre de toute la maisonnée.

Lorsqu'elle a besoin de faire quelques emplettes, c'est au magasin général qu'elle se rend ou qu'elle envoie son époux.  Situé sur la rue St-Georges, il occupe le rez-de-chaussée de l'hôtel de Val-Jalbert. Elle peut y acheter tout ce dont elle a besoin dans l'accomplissement de ses tâches.  La boucherie qui est juste à côté de l'hôtel et le bureau de poste juste en face sont également des établissements fréquentés par les femmes et les hommes du village.

En ce qui concerne la vie sociale des femmes, il n'existe pas d'association féminine à Val-Jalbert regroupant les femmes du village.  Les contacts sociaux des femmes se limitent donc à des visites entre voisines et amies ou chez la parenté.  Les hommes du village, quant à eux, sont plutôt bien servis en matière d'activités et de loisirs.  Il existe entre autre un organisme sportif et éducationnel nommé le Cercle St-Georges qui est sous la tutelle de J.E.A. Dubuc.  Le curé Tremblay y agit également à titre de secrétaire et d'aumônier.  Le cercle qui tient ses réunions au presbytère, voit à l'organisation de différentes activités dans le village tels que pique-niques, pièces de théâtre, tournois de baseball ainsi qu'à la mise en place d'une patinoire longeant la rivière.(69)    Val-Jalbert possède même sa propre équipe de hockey qui évolue sur le rond de glace aménagé à côté de l'hôtel.  Il semble que cette équipe ait fait sa marque dans la région à l'époque.(70)

D'autres organismes sont présents au village comme « La Jeunesse Ouvrière Catholique » ( J.O.C.) qui tient ses réunions au presbytère sous l'oeil vigilant du curé J.E. Tremblay , « L'ordre des forestiers canadiens » dont les réunions ont lieu au magasin général et le groupe des « Enfants de Marie de Ouiatchouan » qui présente à l'occasion des séances et des pièces de théâtre.(71)

Des activités estivales sont aussi présentes dans le village, les principales étant le jeu de fer, le tennis et surtout le jeu de croquet.  Ce dernier est situé sur l'esplanade devant l'usine et il est même éclairé le soir afin de permettre à ses adeptes d'en profiter davantage.(72)

Des parties de cartes et de dames ont également lieu au magasin général pour le plaisir des moins sportifs.  Notons ici que le curé Tremblay interdisait la danse dans tout le village et par le biais de la Société de Tempérance, il tentait de lutter contre l'alcool.(73)

En ce qui a trait à la santé, Val-Jalbert ne comptait aucun médecin ni infirmière.  En cas d'urgence on transportait les malades par train ou par voiture jusqu'à Roberval.  Les femmes en couches avaient recours aux services de sages-femmes présentes dans le village.(74)

L'épisode qui affecta le plus la santé de la communauté eut lieu à l'automne 1918, lors de l'épidémie de grippe espagnole qui s'abattit sur le village.  Ramenée d'Europe par des soldats revenant de la première guerre mondiale, cette grippe venue d'Espagne se propagea au Québec entre le 15 septembre et le 18 décembre 1918.  Cette épidémie mondiale sema la panique parmi les populations dépourvues de tout remède efficace.  Cette maladie contagieuse était causée par un germe présent surtout dans la salive et les sécrétions du nez, de la gorge et des bronches.

À Val-Jalbert, elle fut responsable du décès de 14 personnes surtout des femmes enceintes et des enfants entre octobre et novembre 1918 soit en seulement seize jours.  À ces victimes, on « chanta quelques prières au dehors de l'église et on se hâta de les enterrer dans le cimetière de la paroisse ». Un article du Progrès du Saguenay de l'époque mentionne que « toutes les familles ont été atteintes à Ouiatchouan et il a fallu envoyer un médecin, le Dr. Delisle pour contrôler l'épidémie ».(76)
 
 

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LA VIE À L'USINE AUX TEMPS OÙ J.É.A. DUBUC ET LA COMPAGNIE DE PULPE DE CHICOUTIMI EN ÉTAIENT PROPRIÉTAIRES. (1909-1923)
 
 

C'est sous les ordres du surintendant Joseph-Adolphe Lapointe que le moulin à pulpe de Val-Jalbert fut dirigé pendant cette période et même au delà puisqu'il quitta son poste en novembre 1926.  M. Lapointe résidait au village et la Compagnie de pulpe de Chicoutimi lui fit construire en 1919, une splendide demeure située à côté du couvent-école sur la rue St-Georges.(77)   On peut, encore aujourd'hui observer les ruines de cette résidence dans le sous-bois près du couvent.

Les activités de production à l'usine se déroulaient 6 jours sur 7 selon un horaire divisé en trois quarts de travail, c'est-à-dire de 7h à 15h, de 15h à 23h et de 23h à 7h.  Les employés travaillaient dans un environnement bruyant et humide car toujours détrempé.  Il existait plusieurs corps de métier dans le moulin de Val-Jalbert et les équipes de travailleurs étaient renouvelées à chaque quart de travail.  Ces employés se retrouvaient dans les secteurs suivants : aux meules, aux métiers, aux tamis, au dynamo, aux presses hydrauliques, à l'entretien et à la réparation, au nettoyage , au graissage, à la bouilloire, au pesage et à l'emballage ainsi qu'à l'arrimage du hangar et des wagons.(78)   Tous agissaient sous la supervision d'un contremaître.  Plusieurs employés travaillaient dans les chantiers de la Compagnie durant l'hiver afin de préparer la matière première, le bois qui serait transformé en pulpe durant l'été.

Selon la loi du Québec en vigueur à l'époque, l'âge minimum permis pour travailler dans un établissement industriel comme celui de Val-Jalbert était de 14 ans, à condition que l'enfant sache lire et écrire couramment.  Une nouvelle loi fut adoptée en 1910, laquelle interdisait l'embauche des enfants analphabètes de moins de 16 ans.(79)   Un avis aux contremaîtres et aux ouvriers daté du 26 mars 1924 dans lequel on mentionne « qu’aucun employé ne devra avoir moins de 14 ans ou encore moins de 16 ans dans le cas de ceux qui ne savent ni lire ni écrire » témoigne de l'application de la législation à l'usine de Val-Jalbert.(80)

Les salaires, quant à eux, étaient très intéressants pour l'époque.  Ils étaient parmi les meilleurs dans la région.  Des relevés de paie pour l'année 1921 nous informent qu'un ouvrier gagnait $3.75 par jour, pour un salaire hebdomadaire de $22.50.  Si on compare avec la dizaine de dollars que ce même ouvrier aurait gagner en ville, on peut considérer qu'il s'agit d'une excellente rémunération.  Ces relevés de paie nous informent également sur les frais de loyer, d'aqueduc et d'électricité qui étaient prélevés mensuellement sur la paie de chaque travailleur.  Dans le cas de notre ouvrier gagnant $22.50 par semaine, la compagnie lui retenait une fois par mois sur son salaire $8.50 pour son loyer, $1.00 pour l'eau et $0.80 pour l'électricité.(81)   Les données présentées ci-dessus concernent un ouvrier moyen travaillant à l'usine, il existait plusieurs autres échelles de salaires*.  Les contremaîtres, par exemple, avaient une rémunération variant entre $150 et $200 par mois, ce qui représente plus du double du salaire d'un ouvrier.(82)

La compagnie de pulpe de Chicoutimi se donnait comme mission d'offrir à ses employés de bonnes conditions de vie et de travail.  II semble d'après les faits qu'elle y soit assez bien parvenu.  Dans le cas où un de ses employés avait un accident*de travail, la compagnie embauchait un fils de cet employé blessé afin de permettre à la famille de conserver son revenu durant sa convalescence.(83)

Si par contre, un accident de travail entraînait la mort d'un de ses employés, la compagnie offrait une indemnité équivalente à
« quatre fois le salaire moyen annuel du défunt au moment de l’accident ».(84)   Afin de pouvoir offrir une telle indemnisation à la famille du défunt, la compagnie possédait une police d'assurances la protégeant financièrement dans les cas d'accident de travail.

De leur côté, les employés veillaient à protéger leurs acquis.  C'est pourquoi ils se regroupèrent en syndicat.  Ils adhérèrent en 1913 à la Fédération Ouvrière Mutuelle du Nord (FOMN), première fédération de syndicats catholiques au Québec.  Cette association ouvrière avait vu le jour à la pulperie de Chicoutimi en 1907 sous la gouverne de l'abbé Eugène Lapointe, futur évêque de Chicoutimi.(85)   Elle portait alors le nom de Fédération ouvrière de Chicoutimi.  Ce syndicat, se proclamant catholique, n'admettait que des travailleurs catholiques parmi ses membres.  Il fut accueilli favorablement par les patrons de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi avec à sa tête J.É.A. Dubuc.

C'est le curé Joseph Edmond Tremblay qui devint l'aumônier du syndicat de Val-Jalbert.  C'est d'ailleurs par son entremise que les conflits entre employés et employeur étaient réglés cas par cas.  Les documents font état d'une seule grève faite par les employés du moulin de Val-Jalbert.  Elle eut an lieu entre le 17 et le 21 septembre 1923 en réponse à une réduction de salaire de 10% imposée par l'employeur.  Cette baisse de salaire survenait quelques temps après un arrêt de production de 37 jours à l'usine ; arrêt qui avait été provoqué par un manque d'eau dans les barrages de la compagnie aux lacs Bouchette et des Commissaires. « Cette grève permit aux ouvriers d’obtenir satisfaction au sujet de leurs salaires ».(86)
 
 

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L'ÉRECTION MUNICIPALE DE ST-GEORGES DE VAL-JALBERT
 
 

Depuis sa fondation, la localité de Ouiatchouan dépend administrativement des municipalités de Roberval et de Saint-Louis de Chambord.  En juin 1915 une requête est faite par ses représentants auprès du Gouvernement du Québec demandant l'érection municipale de cette localité qui compte alors un peu plus de 500 habitants.(87)

C'est le 7 octobre suivant que le village de Ouiatchouan, appelé Val-Jalbert depuis avril 1913, reçoit le statut de municipalité.  Pour y arriver, la Compagnie de pulpe de Chicoutimi a dû vendre à des particuliers quelques maisons construites à Val-Jalbert ainsi que les terrains sur lesquels elles sont érigées.  Selon la loi des municipalités datant de 1855, seuls les propriétaires d'une municipalité ont le droit d'élire les conseillers municipaux responsables de la gestion.(88)   Étant l'unique propriétaire des lieux depuis 1909, la Compagnie de pulpe de Chicoutimi était donc contrainte à procéder à ces ventes si elle voulait obtenir l'érection municipale de Val-Jalbert et surtout le droit de procéder à l'élection d'un conseil municipal.

C'est monsieur J.A. Simard qui fut le premier, en 1912, à acheter la maison qu'il occupait.  En 1913, une autre résidence fut acquise par son occupant, M. Ovila Bouchard.(89)   Entre 1912 et 1927, dix propriétés (terrain et maison), toutes situées sur la rue St Georges, furent ainsi vendues à des particuliers.

Durant la même période, la Compagnie vendit aussi des terrains ou lots à bâtir. Wellie Fortin, marchand général, Joseph Adolphe Lapointe, surintendant, Xavier Poitras, Albert Dufour et Ludovic Tremblay firent l'acquisition de ces terrains.(90)

Le cimetière* est aussi du nombre des espaces vendus par la Compagnie.  C'est le 19 septembre 1922 que la Corporation épiscopale catholique romaine de Chicoutimi se porte acquéreur de cet emplacement mesurant 75 pieds de largeur par 75 pieds de profondeur.(91)

Malgré la vente de ces propriétés, la Compagnie de pulpe de Chicoutimi demeure le plus important propriétaire du lieu.  L'évaluation pour fins municipales de 1922 établit à $ 1 042 390 la valeur de ses biens et propriétés à Val-Jalbert.(92)   II va sans dire que sa participation au sein du conseil municipal sera elle aussi très importante.  A titre d'exemple mentionnons que c'est J.A.Lapointe, surintendant du moulin , qui sera maire du village entre 1922 et 1929.

Six maires se succéderont à Val-Jalbert entre 1917 et 1968.  Il s'agit de Wellie Fortin (1917 à 1922), J.A. Lapointe (1922 à 1929), François-Xavier Poitras (1929 à 1934), Émile Gagnon (1934 à ­1948), Onésime Martel (1948 à 1960) et Louis-Philippe Martel (1960 à 1968).

Les différentes administrations municipales de Val-Jalbert tenaient leurs réunions dans la salle communautaire aménagée à l'étage supérieur du couvent?école.  Elles veillaient à rédiger et à appliquer plusieurs règlements concernant les taxes et les permis d'exploiter un commerce au village, le droit de posséder un ou des chiens, de posséder une voiture, d'opérer un lieu d'amusement comme par exemple une salle de billard etc.(93)

Il fut également décidé par les élus municipaux que tous les avis publics devaient être rédigés en français et lus à la porte de l'église le dimanche après la messe et affichés au bureau de poste.(94)
 
 

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VAL-JALBERT ET SES DIFFÉRENTS SERVICES DE 1909 À 1928
 
 

C'est sur la rue principale que sont localisés la majorité des services disponibles dans le village.  Ils furent tous mis en place au moment où l'usine était la propriété de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi avec à sa tête J.-É.-A Dubuc comme directeur-gérant.
 
 

HOTEL ET MAGASIN GÉNÉRAL
 
 

Une maison de pension offrant une vingtaine de chambres est construite en 1909.  Le même édifice abrite également un magasin général appartenant alors à la Compagnie.

Détruit par le feu le 22 mars 1918, cet hôtel est immédiatement reconstruit et c'est M. J.O.C. Duguay qui y sera hôtelier.  La partie inférieure de l'établissement reste occupée par le magasin général qui est tenu par M. Wellie Fortin, marchand et maire du village à cette époque.(95)

Un second magasin (épicerie) voit le jour dans les années 20 à Val-Jalbert.  Il est situé sur ta rue Ste-Anne et il est la propriété de Stanislas Gagnon.(96)
 
 

BOUCHERIE
 
 

Situé juste à côté de l'hôtel, se trouve un bâtiment servant en partie de remise à bois, d'entrepôt pour le surplus des marchandises destinées au magasin-général et surtout d'étal de boucher.  C'est M. Léonidas Paradis qui sera boucher à Val-Jalbert dans les années 1920.(97)
 
 

ATELIER DE CHARRON
 
 

C'est en 1921 que M. Onésime Tremblay construit un atelier de charron à l'entrée du village. I1 y effectuera surtout des réparations aux différents véhicules circulant au village et dans les environs (chariots, charrettes, roues).(98)
 
 

AUTRES SERVICES
 
 

Le moulin à farine, construit à Val-Jalbert vers 1870 par François-Xavier Ouellet, est toujours en fonction.  Le meunier qui l'opère à partir de 1917 s'appelle Joseph Morel et il dessert alors un territoire allant de Roberval à Chambord.  C'est d'ailleurs chez lui que le boulanger qui passe à Val-Jalbert, ira s'approvisionner en farine.(99)   Parmi les boulangers ayant desservi Val-Jalbert au cours des années 20, on compte M. J-O. Laberge (mai 1922 à mai 1923), M. Martin et plus tard M Maurice Cossette.

Le village bénéficie également, durant cette décennie, sur des services d'un barbier, en la personne de M. Arthur Allard.

Pour compléter ce large éventail de services, mentionnons la présence permanente du chef de gare, M. François Tremblay, du maître de poste, M. Joseph Linteau, du responsable de la centrale téléphonique située sur l'avenue du Lac, M. Albert Bernier, de M. A. Simard, gérant de la Caisse populaire et de la gérante de la succursale de la Banque Canadienne Nationale, Mlle Georgette Ouellette.  Située à quelques maisons du magasin général, cette Banque fut en opération au village entre mars 1920 et avril 1925.(100)
 
 

ORGANISATION RELIGIEUSE
 
 

C'est le 1er septembre 1910 que débutent les travaux de construction de la première église et du premier presbytère du village appelé encore Ouiatchouan.  C'est l'ancien curé de la paroisse Saint-­Charles Borromée de la Grande?Décharge, qui sera désigné par Mgr Labrecque, comme premier curé résident de Ouiatchouan.  Il s'agit de Joseph-Edmond Tremblay.  Nommé le 1er octobre 1911, il remplace le curé de Notre-Dame-du-Lac de Roberval, l'abbé Bilodeau, qui assurait depuis quelques temps, la mission de Ouiatchouan.  L'abbé Tremblay entre en fonction le 23 octobre suivant, jour même de la bénédiction du nouveau temple qui mesure 116 pi de long par 40 de large.

Le premier baptême célébré dans l'église neuve a lieu le 30 septembre 1911, soit quelques jours avant sa bénédiction officielle.  On y baptise l'enfant de Wellie Fortin, alors marchand général.  En 1912 le chemin de croix placé dans l'église est béni et le 23 février 1914 est le jour où l'on installe une nouvelle cloche en remplacement de la cloche de l'ancienne chapelle construite en 1903.

C'est Saint-Georges qui est désigné comme patron de la future paroisse, en l'honneur du premier curé desservant la mission de Ouiatchouan en 1903 , l'abbé Joseph-Georges Paradis.  La statue de St-Georges installée devant l'église fut offerte par M.Georges C.W. Low, un actionnaire américain de la Compagnie. C'est  « sur un socle fabriqué à partir d’anciennes meules de la pulperie » qu'elle fut placée en mai 1914.(101)

Il faudra attendre le 26 octobre 1922 avant de voir la paroisse St-Georges de Val-Jalbert être érigée canoniquement, c'est-à-dire reconnue comme paroisse par l'évêché de Chicoutimi.(102)

Au cours de cette même année, le curé Joseph-Edmond Tremblay procède à l'achat d'une maison pour loger son sacristain.  Pour ce faire, il achète une maison de 25 pieds par 26 déjà bâties dans le village des Éboulements.  Il veille à la faire démonter et transporter, par train, jusqu'à Val-Jalbert.  Elle sera reconstruite en face de l'église, sur le terrain voisin du couvent.  Parmi les sacristains qui l'habiteront avec leur famille, on trouve M. Adélard Laporte qui sera remplacé à la fin des années 20 par M. Arthur Ouellet.(103)

Le 10 février 1924 est une date tragique pour les habitants du village car ils voient leur église et son presbytère se consumer.  Après cet incendie, on procède à la construction d'une nouvelle église et d'un nouveau presbytère d'après les plans de l'architecte Alfred Lamontagne.  Les travaux sont réalisés par M.M. Joseph Saulnier et Henri Bouchard au coût de $30 000.  La construction débute le 10 juin 1924 pour se terminer le 1er novembre de la même année.  C'est le 4 juin 1926 qu'est bénie la nouvelle construction, longue de 123 pieds et large de 45 pieds.(104)

Fier de son tout nouveau temple, le curé Joseph-Edmond Tremblay poursuit sa cure dans la paroisse en veillant sur ses ouailles et en gardant un oeil sur les activités ouvrières du moulin.  En mars 1927, le curé Tremblay quitte le village de Val-Jalbert après avoir été nommé par Mgr Labrecque, nouveau curé de la paroisse St-Cyrille de Normandin.  C'est l'abbé Joseph Audet de Saint-Alexis de Grande-Baie qui le remplace. Originaire des Éboulements, le curé Audet n'a que 33 ans lorsqu'il prend charge de la paroisse St-Georges de Val-Jalbert.  Il y restera jusqu'en septembre 1929, date à laquelle le service religieux de l'endroit sera suspendu.  C'est comme curé de Milles Vaches (Saint-Paul-Apôtre, Saguenay) qu'il poursuivra son ministère.(105)
 
 

ENSEIGNEMENT
 
 

Durant les premières années d'existence de la localité de Ouiatchouan, l'enseignement était dispensé par une enseignante laïque, dans une maison louée à la Compagnie.  Certains documents d'époque nous indiquent qu'à partir de 1911, la classe se faisait dans une maison adjacente à la première église.(106)    Pour l'année 1911, l'école comptait une classe de 40 élèves avec une enseignante laïque.  En 1912-1913 une deuxième classe s'est ajoutée avec un total de 60 élèves ce qui nécessita l'embauche d'une seconde enseignante.  Durant l'année scolaire 1913-1914 l'école fonctionnait toujours avec 2 classes et 2 enseignantes.  Le nombre d'élèves avait atteint 80.(107)

En juillet 1915, le village St-Georges de Val-Jalbert fut reconnu comme municipalité scolaire et la nouvelle Commission scolaire de Val-Jalbert vit le jour.  Immédiatement on entreprit les démarches pour la construction d'une nouvelle maison d'enseignement car celle déjà en place n'était plus assez grande pour répondre au nombre toujours croissant d'élèves.

C'est à l'automne de cette même année que débutent les travaux de construction du couvent-­école, selon les plans de l'architecte Alfred Lamontagne.(108)   Situé juste en face de l'église, l'édifice compte 4 classes au rez-de-chaussée.  À l'étage, on aménage le lieu de résidence où logeront les Soeurs Notre-Dame-du-Bon-Conseil de Chicoutimi, à qui est confiée la gestion de cette institution.  Une petite chapelle et une salle adjacente complètent le niveau supérieur.

Arrivées à Val-Jalbert le 10 décembre 1915, les religieuses débutent les cours trois jours plus tard dans le nouveau couvent nommé École St-Georges.  Certains écrits nous indiquent qu'en attendant la fin des travaux de construction du couvent, les cours étaient dispensés dans la sacristie .(109)   Les quatre soeurs fondatrices sont S. Sainte-Augustine, S. Sainte-Hélène, S. Saint-Victor et S. Sainte-Julie.(110)   De 1915 à 1917 le couvent fonctionne avec 3 classes mixtes, en 1917 on y enseigne dans 4 classes, dans 5 en 1922, 6 classes en 1923 et vers 1927 on y compte 7 classes*.   Les cours débutent à 8h30 le matin et se terminent à 16h00.  Le coût moyen défrayé pour chaque enfant fréquentant le couvent se situé à $0.50 par mois.  Le calendrier scolaire s'étend du début septembre à la fin du mois de juin.  Les Soeurs du Bon-Conseil retournent passer la période estivale à la maison-mère de Chicoutimi.(111)   Les matières académiques enseignées au couvent-école sont l'arithmétique, le catéchisme, le français, la géographie, l'histoire du Canada et l'histoire sainte.

Au total neuf mères supérieures* dirigèrent le couvent-école de Val-Jalbert entre 1915 et 1929 et une quarantaine de religieuses y enseignèrent pendant cette période.(112)   À la fin de l'année 1929, les Soeurs du Bon-Conseil quittèrent le couvent et retournèrent à Chicoutimi.  Malgré leur départ, le couvent-école demeura ouvert jusqu'en 1933.  L'enseignement y était alors donné par des enseignantes laïques.  Au nombre de ces enseignantes qui assurèrent la relève on compte Mlle Géraldine Lemay de Chambord, Mlle Juliette Marcoux et Mlle Germaine Pagé également de Chambord.(113)

Le couvent ferma définitivement ses portes en 1932 et à partir de cette date, c'est dans une maison de la rue St-Georges que les enfants reçurent l'enseignement jusqu'en 1939.(114)

Abandonné depuis plus de 65 ans, le couvent-école de St-Georges de Val-Jalbert a résisté aux aléas du temps et il demeure l'un des bâtiments les mieux conservés sur le site actuel.  Au début des années 1980, on a reconstitué en partie l'intérieur du bâtiment et on a ouvert l'endroit aux visiteurs.

Actuellement, au Québec, il est le seul bâtiment encore debout, témoin d'une époque où les institutions scolaires étaient construites avec quatre classes accueillant chacune une des 4 années du niveau primaire.  En fait, au début du XXe siècle, sous le gouvernement libéral de Lomer Gouin, on procéda à une première systématisation de l'enseignement au Québec en établissement à 4 années, le niveau primaire.(115)   Lorsqu'il prépara les plans pour du couvent-école de Val-Jalbert, l'architecte Lamontagne se conforma à cette règle.

Déjà dans les années 20, le bâtiment ne répondait plus très bien aux exigences en matières d'enseignement car à partir de 1923, la réforme scolaire, faite par le gouvernement libéral de Louis-Alexandre Taschereau, augmenta à six le nombre d'années du primaire, puis à neuf en 1929.(116)  Idéalement on aurait dû avoir dans le couvent autant de classes que d'années scolaires.  Dans les faits, on continua à fonctionner avec les quatre classes dans lesquelles on installait un ou deux groupes selon les besoins.
 
 

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DÉCLIN ET FERMETURE DE LA PULPERIE DE ST-GEORGES DE VAL-JALBERT (1924-1927)
 
 

Après l'essor fulgurant vécu durant la guerre 14?18, la Compagnie de pulpe de Chicoutimi amorce les années 20 avec beaucoup d'entrain.  Depuis 1919, elle fait partie de la Compagnie de Pulpe et de Pouvoirs d'Eau du Saguenay ; compagnie créée pour coordonner les diverses entreprises appartenant à la Compagnie de pulpe de Chicoutimi.(117)   En 1922, suite à l'obtention d'un important contrat londonien de production de 450 tonnes de sulfite de pulpe, la Compagnie procède à l'émission d'actions lui permettant d'augmenter son actif.  La moitié de ces actions sont alors achetées par la Compagnie Price Brother's, sa concurrente de toujours.  Cette acquisition permet à la Compagnie Price d'accéder au Conseil d'administration de la Compagnie de Pulpe et de Pouvoirs d'Eau du Saguenay en 1923 et ce qui amènera J.É.A. Dubuc, peu de temps après, à démissionner de son poste au comité exécutif de la Compagnie et de son poste de directeur-gérant des usines de Chicoutimi et de Val-Jalbert.(118)

Le départ de Dubuc combiné à des difficultés financières reliées au contrat de sulfite de pulpe signé en 1922 et à un marché de plus en plus concurrent, accule la Compagnie de pulpe à la faillite.  Le 15 mars 1924 on procède à la mise en liquidation de la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi, ce qui ne va pas sans affecter la Compagnie de Pulpe et de Pouvoirs d'Eau du Saguenay qui, du coup, se retrouve amputée de son membre principal.(119)

En 1924, la pulperie de Val-Jalbert tout comme celle de Chicoutimi, se retrouve donc gérée par le syndic responsable de la faillite de la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi.  C'est à cette époque que le moulin vivra sa première fermeture alors que le marché de la pulpe est en crise.

La course à l'investissement dans le secteur de la pulpe amorcée durant là première guerre mondiale a amené les entreprises existantes à trop augmenter leur capacité de production.  Elles se retrouvent dans les années 20 avec des surplus de pulpe à écouler sur un marché où la demande est de beaucoup diminuée.(120)  Le moulin St-Georges n'échappe pas à cette situation.

Le 16 mai 1924, les meules de la pulperie sont arrêtées et les dirigeants de la Compagnie mentionnent que l'usine cesse sa production pour un certain temps afin « de liquider la pulpe entassée dans la cour ».(121)   Ce temps d'arrêt dura 17 mois et ce n'est que le 9 décembre 1925 que le moulin reprit ses activités.

Cette première fermeture affecta beaucoup les habitants du village de Val-Jalbert.  Une trentaine de maisons furent désertées par leurs occupants pendant ce long arrêt de travail.(122)   Plusieurs ouvriers sans travail quittèrent les lieux, seuls ou avec leur famille, afin de trouver un nouvel emploi.  Certains trouvèrent du travail à Saint-Joseph d'Alma où on s'affairaient alors à la construction d'une centrale hydro-électrique sur la rivière Grande-Décharge.

Les villageois qui choisirent de rester à Val-Jalbert n'eurent pas la vie très facile.  L'atmosphère qui régnait au village était assez tendue.  Certains habitants, selon les dires du surintendant de l'époque, Joseph-Adolphe Lapointe, « furent des causeurs de troubles ».(123)   Il y eut même quelques échauffourées entre le surintendant et le curé Joseph-Edmond Tremblay.  La situation devint si tendue entre ces 2 personnes qu'un procès canonique fut intenté.  Le surintendant Lapointe envoya une plainte, au syndic administrant les affaires de ta Compagnie de pulpe de Chicoutimi en faillite.  Dans ce document, il accusait le curé de tenter de lui nuire dans l'exercice de ses fonctions et de vouloir l'abaisser aux yeux des ses employés.(124)   Cette accusation, qui mettait en cause un membre du clergé, obligea le syndic M. J.E. Ardori, à demander à l'évêque de Chicoutimi d'intervenir dans cette affaire.  Une commission d'enquête chargée d'entendre le plaidoyer des deux parties fut mise sur pied.  Cette affaire fut désignée sous le nom de « différend de Val-Jalbert ».  L'enquête se déroula au cours de l'automne 1924.  En janvier 1925, après examen des témoignages exposés dans le rapport des commissaires, l'évêque rendit le jugement suivant : « M. le Curé, de Val-Jalbert n 'a fait aucun tort à M. le Surintendant Lapointe, et je rejette la plainte du demandeur ».(125)

Tout le monde au village fut informé de la décision de Mgr Labrecque dans cette affaire et avec le temps, les tensions s'estompèrent.  Avec la réouverture du moulin en décembre 1925, la vie reprit son cours normal et c'est avec grande confiance en l'avenir que s'amorça l'année 1926.

Le 12 mars 1926, la Compagnie de Pulpe et de Pouvoirs d'Eau du Saguenay et ses filiales (incluant la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi en faillite) est achetée par un cartel du papier nouvellement formé à Montréal.  Ce cartel du nom de « Quebec Pulp and Paper Mills » réunit quelques grandes compagnies papetières québécoises dont Price Brother's et Port Alfred Pulp and Paper.(126)

Avec l'entrée en scène de la Quebec Pulp and Paper Mills et de son président M. Stewart McNichol, l'activité industrielle reprend de plus belle à Val-Jalbert et la population s'accroît, atteignant le chiffre record de 950 habitants.  On entreprend même la reconstruction du barrage du lac des Commissaires, lequel avait cédé en 1924.(127)

Cette reprise est toutefois éphémère car l'industrie de la pulpe est de plus en plus en difficultés. « Sur le marché, la demande, de pâte mécanique ne cesse de baisser au profit de la pâte chimique et surtout la concurrence entre les usines à papier situées près des centres de consommation et celles situées près des moulins à pulpe se termine à l 'avantage de ces dernières, dont les prix de revient sont abaissés grâce à la suppression des frais de transport de la pulpe ».(128)   Les papeteries américaines qui avant, importaient la pâte mécanique canadienne nécessaire à leur industrie, viennent maintenant produire leur papier au Québec où matière première, énergie et main-d’œuvre sont moins dispendieuses.(129)

Les années d'or des pulperies de Val-Jalbert et de Chicoutimi sont maintenant choses du passé.  Pour assurer leur survie, il faudrait transformer ces usines en moulins à papier.  En produisant elles-mêmes le papier journal, elles pourraient plus facilement s'intégrer au marché nord-américain.  Malheureusement, ces transformations nécessitent de gros investissements et la Quebec Pulp and Paper Mills ne peut se les permettre.  Elle choisit donc de fermer une de ses deux pulperies espérant ainsi sauver l'autre.  Le 13 août 1927 les dirigeants procèdent à la fermeture définitive du moulin St-Georges de Val-Jalbert qui sera suivi, trois ans plus tard, par celui de Chicoutimi.  Si 1e choix s'est d'abord arrêté sur l'usine St-Georges c'est qu'on croyait que les ouvriers pourraient plus facilement se trouver un nouvel emploi dans le secteur.  À l'époque, deux industries nouvellement érigées dans le secteur d'Alma, soient la centrale hydro-électrique sur la rivière Grande-Décharge et le moulin à papier de Riverbend appartenant à Price Brother's, étaient en quête de travailleurs.

Il semble même que certains employés de Val-Jalbert avaient déjà été sollicités par ces entreprises avant la fermeture définitive de la pulperie.(130)   C'est donc cette situation plus favorable qui motiva le choix de la Compagnie Quebec Pulp and Paper Mills.
 
 

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LA FERMETURE DE L'USINE ET SES LENDEMAINS DIFFICILES
 
 

Près de 200 employés furent touchés lorsqu'à minuit le 13 août' 1927 « la sirène du moulin, en un cri sinistre et déchirant, annonça aux bonness gens du Val, que toute opération avait cessée et que l'usine fermerait ses portes... pour toujours ».(131)   Heureusement les habitants avaient déjà été prévenus de la fermeture, par un avis affiché au bureau de poste le 5 août.(132)   II faut préciser ici que la rumeur circulait au village depuis quelques mois.  Du coup, 80 familles se retrouvèrent sans travail, sans assurance-chômage ni aide sociale ; ces deux mesures sociales étant inexistantes au pays à cette époque.

Seuls une douzaine d'employés, quelques contremaîtres et ingénieurs continuèrent à travailler encore une année pour voir « à l'entretien et au chauffage de l’usine, au fonctionnement de la dynamo, au chargement de la pâte et à la borure gouverne des affaires municipales », car le village et la municipalité demeurèrent actifs malgré la mise sous clé du moulin à pâte.(133)

Pour alléger un peu la situation dans laquelle elle plaçait ses anciens employés, la compagnie offrit une réduction de loyer de 50% à tous ceux qui désiraient « continuer à vivre dans le village sans pour autant y travailler ».(134)   Cette offre fut faite par l'entremise d'un avis public affiché le 11 août précédent la fermeture.  Ce même avis, signé par le surintendant de l'époque, M. René Bélanger, offrait aussi aux ouvriers désirant partir avec leurs familles afin de chercher du travail ailleurs, la possibilité de « conserver leur logis à Val-Jalbert et d’y laisser leurs meubles moyennant un coût symbolique de $0.50 ».(135)   Grâce à ces deux offres, les habitants eurent un petit répit leur permettant de réorganiser leur vie.

Les premières familles à quitter le village furent celles qui se trouvèrent rapidement un emploi industriel.  Plusieurs s'installèrent à Alma , alors que d'autres furent embauchés au Saguenay dans les usines de papier de Price Brother's à Jonquière et à Kénogami et dans la nouvelle usine d'aluminium appartenant, à Alcan construite à Arvida en 1925.(136)

Certaines familles choisirent plutôt de devenir colons.  Elles allèrent s'établir dans plusieurs paroisses autour du lac Saint-Jean et surtout dans les nouvelles paroisses qui se développaient à l'époque au nord du Lac comme Saint-Ludger de Milot, Girardville, St-Stanilas, St-Edmond-les-Plaines etc.

Les statistiques sur la population totale de Val-Jalbert nous informent que 220 personnes quittèrent le village entre 1927 et 1929 et que 450 autres les suivirent l'année suivante.  Si bien qu'en 1930 il ne restait plus que 50 habitants.  Ces quelques familles se regroupèrent le long de la route régionale à l'entrée du village et elles devinrent propriétaires de leurs terrains et résidences.  C'est comme marchands, artisans ou bûcherons qu'elles continuèrent d'habiter cette zone qui fut désignée alors comme le Petit Val-Jalbert.(137)   En étant propriétaires, cette dizaine de familles purent assurer la survie et la gestion de la municipalité jusqu'en 1971 alors que celle-ci devint partie intégrante de la municipalité de Chambord.

La baisse drastique de la population de Val-Jalbert entre 1929 et 1930 coïncide avec le début d'une période économique très difficile pour la région et pour le reste du monde occidental.  Il s'agit en fait du début de la crise économique des années 30 qui affecta toutes les activités économiques et toute la population.  Perte d'emploi, pauvreté, indigence, travaux communautaires, retour à la terre furent le lots des habitants durant cette période noire.  Au Saguenay-Lac-Saint-Jean comme ailleurs, tous furent plus ou moins touchés.

Le départ progressif des habitants de Val-Jalbert à cette époque, entraîna avec lui la suspension de plusieurs services offerts dans le village.  On coupa d'abord l'eau et l'électricité dans les maisons du haut-village après le retrait de tous ses résidents.  En 1929, c'est le service religieux qui fut suspendu. L'église et le presbytère furent démontés en 1932 et la fabrique fit don des matériaux aux paroisses de Saint-Edmond-les-Plaines et de Saint-Ludger de Milot qui les utilisèrent dans la construction de leur église et presbytère respectif.  L'ameublement de l'église comprenant l'autel et les bancs furent vendus aux paroisses St-Eugène et St-Stanislas et les portes et fenêtres furent achetés par la paroisse Saint?Jean?Vianney de Shipshaw.(138)   La cloche, quant à elle, fut installée à l'église de St-Stanislas et certains témoins précisent que la statue de St-Georges fut cédée un certain temps à la paroisse St-Georges de Jonquière.(139)

Les religieuses du Bon?Conseil quittèrent le couvent-école en 1930 laissant la charge de l'établissement à une enseignante laïque jusqu'en 1932.  Après cette date, on ferma le couvent et les cours se donnèrent dans une maison jusqu'en 1939.  On procéda en 1947 à la fermeture du bureau de poste, en 1963 la municipalité scolaire de Val-Jalbert fut annexée à celle de Chambord et le 1er janvier 1971 c'est le village, lui-même, qui fut annexé à la municipalité de paroisse de St­-Louis de Chambord.(140)
 
 

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LA GESTION DE L'USINE ET DU VILLAGE DE 1927 À NOS JOURS
 
 

Quelques mois après avoir mis fin aux opérations à son usine de Val-Jalbert, la Compagnie Quebec Pulp and Paper Mills est incluse dans une nouveau groupe du nom de Quebec Pulp and Paper Corporation.  Le 30 novembre 1927, ce groupe devient officiellement le nouveau propriétaire de l'usine et de toutes les propriétés n'ayant pas été vendues à des particuliers. La Quebec Pulp and Paper Corporation en assume la responsabilité jusqu'au 19 octobre 1942, date à laquelle elle est mise en faillite.  Elle doit alors céder toutes ses installations de Val-Jalbert au Gouvernement de la Province de Québec, pour non paiement de dette.(141)

À partir de ce moment, la gestion de la Compagnie en faillite est confiée à un syndic, M. Maurice Boulanger.  Le 18 août 1949, il vend toutes les propriétés de la Compagnie situées à Val-Jalbert au Gouvernement du Québec pour une somme de $ 1 500 000.  Le Gouvernement confie alors l'administration du site au Ministère des Ressources Hydrauliques, ministère qui deviendra en 1961, le Ministère des Richesses Naturelles.  Alors qu'il en assure la gestion, le ministère interdit aux habitants du Petit Val-Jalbert d'arpenter le village, et même de s'y promener librement.  Une barrière est installée pour contrôler l'accès au site et un gardien désigné pour surveiller l'endroit.(142)   M. Alphonse Fortin , habitant de Val-Jalbert, assuma la tâche de gardien entre 1956 et 1959.

Voilà qu'en 1956 un espoir de réouverture de l'usine St-Georges de Val-Jalbert renaît.  En effet, le 16 juillet 1956, un projet de reprise des opérations du moulin est présenté par M. François Jean, au Ministère responsable du site.  Il semble que le marché européen et surtout le marché français avait alors besoin d'une certaine quantité de papier journal.  Le projet prévoyait la remise en fonction de l'usine de Val-Jalbert qui fournirait la pâte mécanique aux différentes papetières de la région soient celles de Port-Alfred, Kénogami, Jonquière, Desbiens, Dolbeau et Riverbend.  Ces dernières pourraient ainsi répondre à la demande en papier journal de la France.  Selon les prévisions, cette réouverture devait donner du travail à une soixantaine de personnes devant produire 40 000 tonnes de pâte mécanique annuellement.(143)   Malheureusement ce projet ne sera pas réalisé car jugé trop risqué par le gouvernement et jamais plus il ne sera question de réouverture du moulin depuis.

En 1960, c'est à l'Office du Tourisme de la Province de Québec (futur Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche) (MLCP) qu'est confiée la gestion du Site.(144)   Dès ce moment, le gouvernement permet aux touristes d'entrer dans le village, jusque là interdit, et une série de travaux d'aménagement et de restauration sont amorcés.  On aménage d'abord des sentiers, des escaliers et on procède ensuite à la consolidation des rue Saint-Georges, Dubuc et Tremblay.

Entre 1960 et 1986 le Ministère s'affaire à rénover et à stabiliser plusieurs bâtiments comme le moulin, l'hôtel, l'étal de boucherie, l'intérieur du couvent ainsi que plusieurs maisons.  Les fondations de l'église et du presbytère sont mises en valeur et le réseau d'aqueduc, d'égout et d'électricité sont réhabilités dans le moulin et dans la zone inférieur du village.(145)

Le site du village historique de Val-Jalbert est légué, en 1987 à la Société des établissements de plein-air du Québec (SEPAQ.  Créée en 1984 par le Gouvernement du Québec, cette société d’état a comme mandat « d'administrer, d'exploiter et de développer seule ou avec d'autres, des établissements  à vocation récréo-touristique ».(146)   C'est donc la SÉPAQ qui prend les rennes du site à partir de 1987 et qui , depuis, travaille à le rentabiliser et surtout à le rendre des plus intéressants pour les visiteurs.

Actuellement le site compte une quarantaine d'employés réguliers sur une base annuelle.  Ce chiffre est doublé lorsqu' arrive la saison estivale.  Les revenus générés par Val-Jalbert sont de près de deux millions de dollars et on accueille à chaque année plus de 150 000 visiteurs.  Toute une gamme d'activités sont offertes sur le site tels visite historique guidée des lieux, animation et reconstitution sous forme théâtrale de diverses scènes de la vie au village au début du siècle, téléphérique permettant l'observation de la chute et du village, aire de jeux et de pique-nique, hébergement à l'hôtel, dans les maisons rénovées, dans les mini-chalets, de même qu'un service de restauration et une boutique de souvenirs.
 
 

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RÉFÉRENCES
 
 

1. Plan des cantons Charlevoix et Roberval en 1857 d'après le plan de l'arpenteur P.H. Tremblay, dans Luc Noppen, Plan de conservation et de mise en valeur du village historique de Val-Jalbert, avril 1994, 86 p., fig. 1.

2. Russel Bouchard, Val-Jalbert, un village-usine au royaume de la pulpe, Société historique du Saguenay, Cahiers de Saguenayensia, Histoire des municipalités, #2, Louiseville, 1986, 42 p., p. 12.

3. Luc Noppen, op.cit., p. 9.

4. Rapport Langelier, Terrains concédés par la Couronne, pp. 268?269. Et dans Russel Bouchard, op.cit., p. 10

5. Le Lac Saint-Jean, 1er avril 1904 et dans Russel Bouchard, op.cit., p. 14

6. Russel Bouchard, op_cit., p. 14

7. Greffe de Joseph-G. Couture, 13 mars 1901, no 2339, Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #124. II y a également confirmation par M. Denis Dion du Bureau de l'Inspecteur général des institutions financières de l'émission des lettres patentes de la Compagnie de pulpe de Ouiatchouan, le 27 avril 1901, laquelle compagnie sera annulée en 1978 pour non production de rapports financiers.

8. Normand Blais, Robert Lavoie et Marc St-Hilaire, Programme d'interprétation historique du village de Val-Jalbert,   Université du Québec à Chicoutimi, 4 août 1981, pp. 46?47.

9. Le Lac Saint-Jean, l" avril 1904.

10. Némèse Garneau, « L'industrie de la pulpe au Saguenay » dans Saguenayensia, vol. 22, no 3­4,

mai-août 1980, p. 171.

11, Ibid p. 173.

12. Russel Bouchard, op.cit., p.6.

13. Luc Noppen, op.cit. p. 61

14. Le Soleil, 30 mai 1901.

15. Jean-François Manchette, Val-Jalbert et son histoire, 1964. Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 1.

16. Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 192, Lettre adressée à M. Ménard datée du 22 août 1925.

17. Le Progrès du Saguenay, 21 août 1902.

18. Némèse Garneau, op.cit. p. 169.

19. Ibid p. 176.

20. Ibid p. 178.

21. « Plan des bâtisses de la Compagnie de Pulpe de Ouiatchouan », 1` décembre 1901, A.N.Q.C., fonds Mgr Victor Tremblay, dossier 838, pièce 4 . À noter également la présence d'un original situé dans le bureau de l'archiviste des Archives nationales. Plan sur lequel est indiqué l'emplacement de l'hôtel.

22. Russel Bouchard, op.cit. p. 29.

23. « Première mission de St-Georges de Ouiatchouan » Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 25 et dans François Picard, Val-Jalbert musée à ciel ouvert. Analyse du potentiel archéologique et ethnographique du site. Juin 1982. Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 10, p. 11.

24. Photocopie d'un « Extrait du premier livre des délibérations de Saint-Georges de Val­Jalbert », Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #25 et dans Russel Bouchard, op.cit.p. 29.

25. Russel Bouchard, op.cit., p. 18.

26. « Plan Building and Yard » A.N.Q.C. fonds E?22, nég. 29.

27. Lettre d'Antoine Dubuc à Jean-François Blanchette, 5 février 1965. Photocopie au Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 58 et dans Russel Bouchard, op.cit., pp. 20?21.

28. « Biographies de J.?D. Guay et de J.E.A. Dubuc ». Dans Saguenayensia, op. cit. p.. 120.

29. Entrevue avec Antoine Dubuc. « Petite histoire de la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi et de la famille Dubuc », propos recueillis par Gaston Gagnon dans Saguenayensia, op.cit. p. 107.

30. Louise Gagnon-Arguin. « Chronologie de la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi « dans Saguenayensia, op.cit. p.p. 101-106.

31. Ibid p. 106

32. Ibid

33. Ibid

34. Camil Girard et Normand Perron. Histoire du Saguenay?La:c?Saint?Jean, I.Q.R.C., 1989, p. 627.

35. A.N.Q.C. Fonds MLCP et dans Luc Noppen, op.cit. p. 13

36. Russel Bouchard, op.cit. p. 20 et Province de Québec, Enregistrement #7550, 13 mai 1909 et aussi dans Jean?François Blanchette et Pierre Gendron, op.cit. p. 17

37. Lettre d'Antoine Dubuc à Jean?François Blanchette, op.cit. et dans Russel Bouchard, op.cit. p.21

38. Paul-André Linteau, René Durocher et Jean-Claude Robert. Histoire du Québec contemporain de la confédération à la crise 1867?1929, Ville St-Laurent, Boréal Express, 1979, p. 362

39. Le progrès du Saguenay, 26 juin 1913 et dans Russel Bouchard, p. 21

40. A.N.Q.C., Fonds « E?22, nég. 22 et dans Luc Noppen, op.cit. p. 17 et aussi dans Lionel Lachance, « Val-Jalbert, cité morte du Royaume du Saguenay, A.N.Q.C., Fonds Mgr Tremblay, 756.2 , copie conservée au Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 179.

41. A.N.Q.C. Fonds Mgr Tremblay, dossier 756.2 et dans Le progrès du Saguenay, 23 juin 1910 et dans Centre de documentation de Val-Jalbert dossier #135

42. Esdras Minville. La forêt, études sur notre milieu, H.E.C., Montréal, 1942 et dans Centre de documentation de Val-Jalbert dossier #423.

43. Ibid

44. Luc Noppen, op.cit. p. 17

45. A.N.Q.C. , Fonds E?22 nég.11, nég.24 et Fonds P?66 5.1.6 et aussi dans Bergeron Gagnon inc. Plan de conservation et de mise en valeur du village historique de Val-Jalbert, p.6

46. Luc Noppen, op.cit. p. 13

47. Jean-François Blanchette, op.cit. p. 29

48. « Visite aux usines de la Ouiatchouan Falls Paper Co dans le Progrès du Saguenay, 26 juin 1913

49. Luc Noppen, op.cit. p. 13

50. Jean-François Blanchette, op.cit. p. 30

51. Luc Noppen , op.cit. p. 15

52. François Picard, op.cit., p. 11

53. Luc Noppen, op.cit. p. 49

54. Paul-André Linteau, op.cit. pp. 503?504.

55. Lettre écrite à la Compagnie de pulpe de Chicoutimi par le curé Joseph-Edmond Tremblay de Val-Jalbert, le 5 avril 1919. Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 192.

56. Lettre écrite par l'abbé Tremblay à la Compagnie de pulpe de Chicoutimi, le 5 avril 1919, Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 192

57. Luc Noppen, op.cit. p. 15

58. Ibid

59. « Devis et description de 10 maisons à être bâties à Val-Jalbert, A.N.Q.C., fonds Mgr Victor Tremblay, #756.5, pièce #27 et au Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #79 et aussi dans François Picard, op.cit. p. 6

60. Ibid p. 7

61. Luc Noppen, op.cit. p. 16

62. Ibid

63. « Visite aux usine de la Ouiatchouan Falls Paper Co dans Le progrès du Saguenay, 23 juin 1913 et aussi dans Luc Noppen, op.cit. p. 13

64. A.N.Q.C. Fonds Mgr Tremblay, dossier 756.2 et aussi au Centre de documentation de Val-­Jalbert, dossier # 69 et aussi recensement du Canada 1961 au Centre de documentation de Val­-Jalbert, dossier # 423 et dans Russel Bouchard, op.cit. p. 33.

65. Russel Bouchard, op.cit. p. 35 et aussi dans A.N.Q.C. Fonds Mgr Victor Tremblay, dossier 756, pièce #5 « Devis et description... »et aussi Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 79

66. François Picard, op.cit. p. 9

67. lbid p. 10

68. Normand Blais, op.cit. p. 35

69. Russel Bouchard, op.cit. p. 37

70. Normand Blais, op.cit. p. 31

71. « Registres de la paroisse St-Georges de Val-Jalbert » Archives de l'Évêché de Chicoutimi, Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 21 et dans Russel Bouchard, op.cit. p. 37

72. Normand Blais, op.cit. p. 29

73. Ibid p. 33

74. A.N.Q.C. Fonds Mgr Victor Tremblay, 756 pièce # 25

75. Le Progrès du Saguenay, 31 octobre 1918 et dans Russel Bouchard, op.cit. p. 36

76. A.N.Q.C. Fonds Mgr Victor Tremblay, « Le déclin et la chute de Val-Jalbert » dossier 756.2 et aussi au Centre de documentation de Val-Jalbert # 69.

77. A.N.Q.C. Fonds Ouiatchouan Falls paper Co, Grand livre de paye 1908?1921, instrument de recherche # 200170.

78. Centre de documentation de Val-Jalbert, feuille de paye année 1921, dossier # 425.

79. Paul-André Linteau, op.cit. p. 480 et dans « Statuts refondus de la Province de Québec 1909 et amendements» Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #55.

80. « Avis aux contremaîtres et aux ouvriers » 25 avril 1924, Centre de documentation de Val-­Jalbert, dossier #96 .et dans A.N.Q.C. , Fonds Mgr Victor Tremblay, dossier 850.

81. « Feuille de paye de l'employé Edgar Girard » 16 décembre 1921, Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 425.

82. Russel Bouchard, op.cit. 37

83. Ibib.

84. « Succession Jos Bouchard » Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #40.

85. Paul-André Linteau, op.cit. p. 473.

86. Centre de documentation de Val-Jalbert, dossiers #27 et #179.

87. Russel Bouchard, op.cit. p. 22

88. Ibid p. 24

89. Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier 192

90. Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #1 et aussi « Liste des emplacements ou lots àbâtir au village de Val-Jalbert », dossier #78.

91. Ibid.

92. Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 192.

93. A.N.Q.C., Fonds Mgr Victor Tremblay, dossier 1101 et dans Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #90.

94. Jean-François Blanchette, op.cit., p. 30.

95. « Registres de la paroisse St-Georges de Val-Jalbert », Archives de l'Évêché de Chicoutimi et au Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #21.

96. Maurice Cossette, J'ai vécu Val-Jalbert en passant le pain, brochure.

97. « Lettre du 30 juin 1924 » Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #192

98. Ibid.

99. Maurice Cossette, op.cit.

I00. A.N.Q.C., Fonds Mgr Victor Tremblay, dossier 756.5 et Centre de documentation de Val-­Jalbert, dossiers #8I?#82

101. Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #21, #108 et dans Russel Bouchard, op.cit. 2

102. Jean?François Manchette, op.cit. p. 29

103. «Registres de la paroisse St-Georges... » op. cit., dossier # 21.

104, Ibid et dans »Val-Jalbert, construction terminées »,Progrès du Saguenay, 16 octobre 1924, Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 158.

105. « Registres de ta paroisse St-Georges ... » op. cit., dossier #21.

106. Progrès du Saguenay, 26 juin 1913.

107. Lettre rédigée le 17 décembre 1923 à Saint-Georges de Val-Jalbert par Inspecteur Boily, Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #107.

108. « Registre de la paroisse St-Georges... » op.cit., dossier #21.

109. Ibid et au Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 191.

110. Lettre de l'inspecteur Boily, op.cit., dossier #107.

111. Normand Blois, op.cit., p.33.

112. Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #191.

113. Lettre écrite par S. Sainte-Thérèse de l'Enfant Jésus, le 21 janvier 1981, Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #191 et ses informations sont aussi présentes dans le dossier # 182.

1 14. Normand Blois, op.cit., p. 55.

115. Paul-André Linteau, op.cit., p. 533 et aussi dans Luc Noppen, op.cit. p. 18.

116. Ibid.

117. Russel Bouchard, op.cit. p. 25.

118. Gaston Gagnon, La pulperie de Chicoutimi en évolution de 1896?1982, Ville de Chicoutimi, 1983, p. 52 et aussi dans Russel Bouchard, op.cit. p. 25.

119. « Registre des faillites #60 », Archives du Bureau d'enregistrement de Roberval, Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 115 et aussi dans Louise Arguin Gagnon, op. cit., p. 106.

120. Paul?André Linteau, op.cit., p. 362.

121. Jean?François Blanchette, op.cit., p. 18, Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #1.

122. Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier de la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi #

123. Jean?François Blanchette, op.cit., p. 18

124. « Enquête sur le différend de Val-Jalbert mettant en cause le surintendant J.A. Lapointe et le curé J.?E. Tremblay, Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 27.

125. Ibid.

126. André Brugeron, « Val-Jalbert (Québec), grandeur et décadence d'une ville mono­industrielle », Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 179, p.~ 259.

127. Ibid.

128. Ibid.

129. Normand Blais, op.cit. p. 36.

130. Le Progrès du Saguenay, 17 février 1928 et aussi dans Russel Bouchard, op.cit., p. 27.

131. Maurice Cossette, op.cit.

132. A.N.Q.C. Fonds Mgr Victor Tremblay, dossier # 756.5, « Avis de fermeture » daté du 5 août 1927 et aussi au Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #73.

133. Russel Bouchard, op.cit., p. 27.

134. Russel Bouchard, op.cit. 28.

135. A.N.Q.C. Fonds Mgr Victor Tremblay, dossier #1129 et dans Russel Bouchard, op.cit. p. 28.

136. Louise Dolbec, Val-Jalbert, Dossier ethnologique, 1982, mémoire de M. Louis?Philippe Martel.

137. Russel Bouchard, op.cit. p. 28.

138. « Liste des effets vendus de la fabrique de Val-Jalbert » recueillie par Benoit Dugal, évêché de Chicoutimi, Archives de l'Évêché, dossier #59 et aussi Centre de documentation de Val­Jalbert, dossier # 23.

139. « Origine de St-Georges » propos recueillis par Mgr Victor Tremblay auprès de M. Ludger Bouchard, le 28 juin 1973, Société historique du Saguenay, dossier #2550, pièce 29 et aussi Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 68.

140. « Quebec Official Gazette », Richard Beaulieu, sous-ministre des Affaires municipales, 19 décembre 1970, Vol. 102, no 51.

141. François Jean, Projet : Reprise des opérations du moulin à papier journal de Val-Jalbert, Québec, 16 juillet 1956, A.N.Q.C.. Fonds Mgr Victor Tremblay, dossier # 756.2 et aussi Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier # 59.

142. Le Progrès du Saguenay, Supplément Reportages, 5 juillet 1962, p. 2 et au Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #423.

143. L'Événement, 30 janvier 1962 et Centre de documentation de Val-Jalbert, dossier #423.

144. Plan directeur de développement du village historique de Val-Jalbert, 1993?1998, octobre 1992, p. 3.

145. Ibid.

146. François Gobeil et Stéphane Poirier. Plan de mise en valeur du village historique de Val-­Jalbert, juin 1988, p. 7.