La nouvelle clientèle (du poste)
 
Extrait de... 
Des fourrures pour le roi au poste de Métabetchouan, Michelle Guitard

L'exploitation forestière et la colonisation provoquèrent une rapide augmentation de la population du lac Saint-Jean.  Les Amérindiens se trouvèrent rapidement en minorité.  Par contre la clientèle du poste de Métabetchouan croissait continuellement.  Ces clients étaient colons, chasseurs, marchands, artisans, bûcherons ou journaliers.  Ils étaient Canadiens français, Canadiens anglais, Anglais, Écossais, Américains et Amérindiens. Parmi ces derniers, certains, tout comme d'autres considérés comme blancs, étaient métis. Parfois aussi, les Amérindiens avaient adopté un nom blanc au baptême. C'est pourquoi il est tout à fait impossible d'identifier les clients de la compagnie dans les documents au moyen des patronymes.  S'il est difficile d'inscrire, parmi les Amérindiens ou les blancs, les Saint-Onge, les Verreault ou les Connolly, dont les pères et/ou les grands-pères avaient épousé des Amérindiennes, pour les Guay, les Tremblay, les Ouellet et d'autres, ce l'est moins.  À travers les occupations de tous ces gens, nous ne pouvons que constater la transformation du milieu.

L'aide des Amérindiens pour le transport avait été indispensable jusqu'au milieu du XIXe siècle.  D'abord parce que la maind'oeuvre des postes ne suffisait pas, ensuite parce qu'ils fabriquaient les seules embarcations transportables en forêt.   L'arrivée d'une population en grande partie d'origine canadienne, familière avec le climat et le milieu forestier, entraîne d'une part la transformation du milieu par la construction de chemins, d'autre part l'emploi de nouveaux moyens de transport, tels les chaloupes, les charrettes, les traînes et les traîneaux.   À cette époque où l'utilisation des voies terrestres et celle des voies fluviales allaient de pair; les colons et les Amérindiens participèrent au transport des marchandises et des fourrures.  Ce qui changea, c'est le nombre d'engagés permanents dans les postes de traite.  N 'ayant plus à engager des employés pour de longues périodes à cause de la grande distance entre les lieux d'habitation et les postes de traite, la Compagnie de la Baie d'Hudson réduisit au strict minimum la main d'oeuvre des postes, engageant occasionnellement des journaliers parmi les colons pour effectuer le transport et les travaux autour des postes.  Parfois, certains colons travaillaient pendant plusieurs mois pour la Compagnie, mais ils n'avaient aucun contrat de travail et ils pouvaient être remerciés de leurs services sur le champ.  Par contre, parmi ces nouveaux habitants, plusieurs pouvaient ainsi obtenir des revenus supplémentaires quand ce n'était pas leur seul moyen de survie.

Les chasseurs et ces trappeurs indépendants dont nous avons précédemment parlé dans l'avant-dernier chapitre formaient un autre groupe de nouveaux clients.  Si certains d'entre eux travaillaient pour les marchands-fourreurs de Montréal, d'autres vendaient leurs fourrures aux postes de la Compagnie de la Baie d'Hudson, dont Métabetchouan.  Ils s'y procuraient parfois leur équipement de chasse et de traite; d'autres fois, ils n'y achetaient qu'une partie de leur équipement, se procurant le reste auprès d'autres marchands généraux.

Le troisième groupe fut amené au lac Saint-Jean par les marchands de bois.  Au début, ces marchands ouvraient leur propre magasin et entraient en compétition avec le poste de traite en vendant autant aux Amérindiens qu'à leurs propres engagés.  Price engagea même un Abénaki pour traiter avec les Amérindiens à l'embouchure de la Chamouchouane.   Mais cette compétition ne dura pas et, après 1863, un des principaux clients du poste, sinon le principal, fut Price & Sons.

Si les bûcherons vendaient parfois leurs fourrures aux traiteurs des marchands-fourreurs canadiens, d'autres fois ils venaient les échanger au poste de Métabetchouan.  Ils venaient aussi y acheter divers articles usuels.

Mais les clients qui provoquèrent le plus de changements au poste de traite furent les colons.  L'éloignement des lieux d'habitation, l'installation des familles sur de nouvelles terres et dans de nouvelles maisons eurent pour conséquence une demande importante pour de nombreux articles jusqu'alors importés seulement pour les employés de la Compagnie.  Porcelaine, étain, tissus raffinés, épices, médicaments, etc., furent dès lors commandés en plus grand nombre.  Le secteur de la quincaillerie prit de l'envergure à cause des constructions de bâtiments, de charrettes et de nombreux articles de maison.

Le poste de traite de Métabetchouan se transforma en magasin général. Non seulement la quantité des marchandises entreposées augmenta-t-elle mais les échanges effectués ne le furent plus toujours pour des fourrures.  En effet, les comptes quotidiens ou "ventes rapides" ont révélé des échanges de provisions contre d'autres provisions ou des articles manufacturés.   Ainsi, échange-t-on des oeufs contre du tabac, des pigeons contre de la poudre et des balles de fusil, des fraises contre du sucre d'érable, des pommes de terres, des pois et du beurre contre du tabac, du thé et de la vaisselle.